Partager l'article ! CLAUSTROPHOBIE: Je suis légèrement claustrophobe. Pas au point de ressentir une panique incontrôlable, mais je n ...
Je suis légèrement claustrophobe. Pas au point de ressentir une panique incontrôlable, mais je n'aime guère les espaces confinés. Je n'aime pas me sentir à l'étroit ! Récemment, je suis allé passer une IRM pour des problèmes de dos. La sensation que j'ai éprouvée dans le "tunnel" n'était pas très agréable, mais je pouvais toutefois dominer facilement ce très léger sentiment d'oppression.
Cette petite expérience m'a inspiré le texte qui suit. Comme nous fêtons aujourd'hui les Edouard, c'est le prénom que j'ai choisi pour le personnage principal de cette courte histoire... Bonne fête tout de même à tous les Edouard !
I. R. M
Il était quinze heures quarante-cinq, et son rendez-vous n'était qu'à seize heures trente. Edouard avait donc bien le temps d'aller boire un petit café en attendant de se rendre à l'hôpital de la Timone où il devait passer une I.R.M. Inutile de poireauter trop longtemps dans une de ces tristes et impersonnelles salles d'attente.
Il décida d'aller rendre une petite visite au "Bistrot d'Edouard", rue Sainte-Cécile. C'était son homonyme, et comme on était le 5 janvier, jour de la fête de son Saint Patron, toutes les conditions étaient réunies pour un petit détour ! Edouard croyait aux symboles et il était convaincu que rien ne se présentait par hasard. Il se dit donc que cette visite ne pouvait être que de bon augure.
Sortant du métro, il prit donc la direction du boulevard Baille et tourna à droite dans la rue du Berceau. Moins de dix minutes plus tard, il poussa la porte du Bistrot d'Edouard.
Il n'y avait aucun client et, accoudé au comptoir, il discuta un moment de choses et d'autres avec le serveur. Il lui demanda si c'était lui, Edouard ; le serveur lui répondit que "le patron" n'était pas là pour le moment, mais qu'il devrait revenir dans moins d'une heure.
- Souhaitez-lui donc une bonne fête lorsqu'il rentrera. Il ne faut jamais oublier de souhaiter sa fête à quelqu'un. Je m'appelle moi-même Edouard.
- Eh bien, bonne fête à vous aussi, Monsieur ! Tenez, je vous offre un autre café... Le patron en aurait fait autant !
- Merci, mon ami, mais je dois aller passer uneI.R.M. à la Timone dans moins d'une demi-heure, et je ne sais pas si l'excès de café est indiqué dans ce cas-là. D'ailleurs, je ne vais pas tarder à y aller... Il ne faut pas non plus que je me mette en retard.
- Comme vous voudrez, Monsieur. Rien de grave, j'espère ?
- Non, je ne pense pas. Mais je souffre régulièrement de douleurs lombaires assez violentes et j'aimerais bien en connaître la cause, car pour combattre un ennemi, il faut d'abord l'identifier. Allez, bonne fin de journée, et... n'oubliez pas : bonne fête, Edouard !
- Je n'y manquerai pas, Monsieur. A bientôt, j'espère !
Edouard sortit du bistrot en saluant le serveur d'un geste de la main, puis se dirigea vers le boulevard Jean Moulin. Peu après, il tourna à droite dans la rue Saint-Pierre et gagna le service d'I.R.M. qui se trouve au sous-sol du grand centre hospitalier marseillais.
"Rue Saint-Pierre, se dit-il... C'est encourageant ! A deux pas du cimetière... Directement du producteur au destinataire, en quelque sorte !"
Mais pour lui, rien d'inquiétant. Il venait juste pour un examen de routine. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de penser que la situation de l'hôpital, tout près du plus grand cimetière de la vieille cité phocéenne, faisait le plus mauvais effet !
Il se présenta à l'accueil, montra son ordonnance à l'hôtesse qui lui demanda sa carte Vitale. Puis il remplit un assez long questionnaire où on lui demandait entre autres s'il était atteint de troubles cardiaques, s'il portait des prothèses, s'il était claustrophobe...
A cette question, il hésita un peu. Il n'aimait guère les endroits confinés, et peut-être était-il légèrement claustrophobe. Mais il pensa qu'une réponse positive risquait d'entraîner des complications administratives, et peut-être même d'ajourner son examen. Il décida donc de cocher case "non".
"Après tout, se dit-il, cela ne doit pas durer bien longtemps et je prendrai sur moi, s'il le faut, pour dominer une éventuelle sensation d'angoisse". Il n'avait jamais passé d'I.R.M. et n'avait aucune idée de ce à quoi cela pouvait ressembler. Peut-être à une sorte de scanner...
Puis on lui demanda de patienter dans la petite salle d'attente où deux dames d'un âge certain attendaient déjà leur tour. Environ vingt-cinq minutes s'écoulèrentavant qu'une jeune et jolie assistante se présente à l'entrée de la salle d'attente.
"Monsieur Repetto ?"
- Présent ! répondit Edouard en se levant.
- Veuillez me suivre, s'il vous plaît.
Edouard emboîta le pas à la jeune fille, non sans contempler avec un zeste de concupiscence les ondulations suggestives de sa croupe sous sa blouse légère.
"Couché ! intima-t-il in petto à certaine partie de son anatomie. Il ne manquerait plus que tu te mettes au garde-à-vous pendant l'examen, saligaud !"
Edouard fut accueilli par un médecin apparemment d'origine indienne ou pakistanaise. Ce dernier lui fit subir un dernier et rapide interrogatoire avant de l'inviter à quitter pantalon et tee-shirt dans une sorte de minuscule vestiaire.
Quatre ou cinq minutes s'écoulèrent encore et Edouard, à présent vêtu de son seul caleçon, ressentait une légère tension nerveuse. En outre, ilo ne faisait pas chaud dans cette pièce exigüe.
Puis le médecin revint et lui dit avec un large sourire :
- Allons-y, monsieur, on passe dans le tuyau !"
Le toubib montra une sorte de tunnel étroit devant lequel se trouvait un lit métallique couvert d'un mince matelas et d'un drap blancs.
- Allongez-vous là-dessus sur le dos, les bras le long du corps. N'ayez aucune crainte: cela va juste faire un peu de bruit et durer sept minutes. Profitez-en pour faire une petite sieste !
Edouard obtempéra et le lit - ou le tunnel, il ne savait le dire - se mit en mouvement.
Il se retrouva alors à l'intérieur de ce tunnel, le visage à dix centimètres de la voûte supérieure. La sensation n'était pas très agréable, mais il ne ressentait aucune oppression particulière. Une sorte de ronflement se mit bientôt à vibrer doucement, avec de drôles de petits cliquetis.
Edouard sentit son rythme cardiaque s'accélérer légèrement et il se força à respirer lentement et profondément. Puis il vit le tunnel - ou le lit - se déplacer à nouveau tandis que le ronflement se faisait plus fort et plus aigu. Les cliquetis cessèresnt, mais il eut l'impression que le lit remuait légèrement.
Edouard déglutit. Il ressentait maintenant une désagréable sensation de poids sur la poitrine. "Allons, calme-toi, se dit-il, tout ça va être fini dans quelques minutes, et tu retourneras boire un coup chez Edouard pour te remettre de tes émotions ! Tout va bien !"
Le ronflement cessa. Après un court silence, un sifflement aigu mais discret se fit entendre. Il eut l'impression de discerner une vague lueur orangée légèrement en arrière de sa tête. Il ne vit rien, mais le tunnel qui lui avait semblé ouvert aux deux extrémités apparaissait maintenant tout noir. Cette constatation inquiéta un peu plus Edouard qui eut l'impression de transpirer légèrement.Il regarda ensuite vers ses pieds et ne vit plus l'ouverture du tunnel. Seule la faible lumière orange baignait maintenant l'intérieur de l'appareil.
Edouard se sentait de plus en plus mal à l'aise. "Tout ça ne doit être qu'un effet d'optique, pensa-t-il, mais Bon Dieu, j'ai hâte qu'on en finisse !".
La lumière orange faiblit puis disparut tout à fait. Il était mainenant dans le noir complet. Le silence se fit à nouveau. Edouard voulut alors remuer sa tête pour regarder derrière lui, mais il en fut incapable. Saisi alors d'une angoisse incontrôlable, il chercah à toucher la voûte du tunnel, comme pour la repousser, mais se mains aussi refusèrent de lui obéir.
Il voulut crier, appeler au secours car il avait maintenant l'impression d'étouffer et tout son corps semblait paralysé.
Aucun son ne put sortir de sa gorge.
Puis il y eut une sorte de claquement métallique, suivi d'un bruit de sirène étrangement modulé, comme celui de certaines voitures de police. Edouard était au plus mal. Son coeur battait la chamade et uil respirait avec difficulté, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson sorti de l'eau.
Alors il se passa quelque chose d'encore plus étrange.
Au bout du tunnel, du côté de ses pieds, apparut une lueur discrète, vaguement dorée. Puis cette lumière augmenta d'intensité. Le bruit de sirène cessa et Edouard crut entendre des murmures, des bruits de conversations indistinctes et lointaines. La lumière dorée devint éblouissante. Fascine et soudain calmé, il fixait cette lumière extraordinaire au bout du tunnel.
Et soudain, au milieu de ce jaillissement lumineux, il lui sembla voir apparaître un visage. Un beau visage au regard très doux qui lui souriait avec bienveillance.
Edouard sourit aussi et ressentit alors une grande paix intérieure.
"Il reste à mourir", entendit-il clairement avant de s'endormir.
Les médecins conclurent à une mort dûe à un arrêt cardiaque causé sans doute par une crise d'angoisse.
"Bordel de merde, il s'agit d'être plus vigilants avec les claustrophobes", marmonna le responsable du service en refermant le rapport d'accident.
(Peyrolles-en-Provence, le 5 janvier 2012)
Allons, pour détendre l'atmosphère, voici deux nouveaux acrostiches coquins inspirés par les fêtes du calendrier !
Gracieuse est son allure et sa taille est bien faite,
Exquise est la cambrure aimable de ses reins ;
Nue sous le ciel d'été ou en robe de fête,
Elle trouve toujours à son charme un écrin.
Vénus en est jalouse et Diane la pourchasse,
Il est vrai qu'elle est belle - Apollon en est fou -
Et son corps dévoilé à des regards voraces
Vous donne des idées de galants rendez-vous
En vous soufflant aussi les blus folles audaces...
(Peyrolles-en-Provence, le 3 janvier 2012)
As-tu volé un jour avec les Séraphins
Nimbée sous le soleil du Paradis céleste ?
Grâces te soient rendues, mais par louanges lestes
Et d'autres à graver à jamais dans l'or fin.
La vue de tes appas ferait rougir le diable,
Il pourrait se damner deux fois pour te charmer...
Qui peut me reprocher, dès lors, de blasphémer ?
Une nuit dans tes bras sera faute inexpiable,
Et Dieu sera cocu quand je t'aurai aimée !
(Peyrolles-en-Provence, le 4 janvier
2012)