Partager l'article ! A CHACUN SON CAP HORN !: Etant alpiniste à mes heures, j'aurais pu intituler cet article "A chacun son Everest". M ...
Etant alpiniste à mes heures,
j'aurais pu intituler cet article "A chacun son Everest". Mais j'ai toujours aimé les métaphores et les références maritimes !
Le premier janvier de cette année, j'ai eu soixante ans. C'est un tournant de la vie et un cap qui peut être délicat à franchir. Pour ma part, ce cap a été doublé plus aisément que celui de la cinquantaine. Sans doute me suis-je fait une raison et me suis-je en quelque sorte... amariné !
Cependant, je suis bien conscient que les meilleures années de navigation sont maintenant derrière moi, et mon bateau donne quelques signes de fatigue. Des avaries de plus en plus fréquentes m'obligent à faire relâche dans des eaux tranquilles que je n'apprécie guère. Je poursuis néanmoins ma route, tanguant et fluctuant sur la grande houle de la vie, balayé parfois aussi par des déferlantes inattendues. Mais malgré tous les coups de tabac, je tiens ferme la barre et le voyage peut être encore long ; alors, hardi, matelot, et vogue la galère !
C'est ce que veut exprimer ce sonnet particulier, aux deux tercets
embrassés.
LE CAP DE BONNE ESPERANCE
J'ai abordé les soixantièmes mugissants.
J'ai doublé bien des caps, essuyé des tempêtes,
J'ai failli m'échouer, y rester à perpète,
Ou jeter mes espoirs sur de traitres brisants.
J'ai mené mon esquif à travers bien des passes
Et j'ai perdu le nord dans de tortueux détroits
Alors que je tentais de toujours marcher droit.
Je me suis retrouvé parfois dans des impasses,
J'ai cherché mon chemin, évité le naufrage
Et j'ai souvent, hélas, douté de mon courage.
Mais dès lors que je vais dans le jour faiblissant,
Que mon énergie sent la poudre d'escampette,
S'ajoutent les années sans tambours ni trompettes,
Je veux garder le cap sur l'horizon naissant.
(Peyrolles-en-Provence, le 22 janvier 2012)
Avec l'âge, il est inévitable de penser à la mort. Cette vie terrestre n'est pas éternelle et il faudra bien qu'un jour je tire ma révérence. Cette perspective me préoccupe, interpelle ma curiosité, mais ne me fait pas peur. Après tout, la chose est inéluctable, alors autant l'envisager avec philosophie. Pour autant, je ne suis pas pressé d'être invité à la table de la Camarde ; j'ai encore quelques petites affaires à régler ici-bas et l'idée de quitter définitivement nombre de gens que j'aime m'attriste. Mais si ces êtres qui me sont chers gardent un bon souvenir de mon passage, malgré tous mes nombreux et insupportables défauts, je n'aurai pas de raison de ne point partir le coeur en paix.
Voici donc un poème de dérision ; il s'agit d'un "rondeau redoublé", un genre quelque peu tombé dans les oubliettes de la poésie et que je me suis amusé à retirer de la poussière. Je l'ai appelé "Double Peine" d'abord parce que c'est une forme "redoublée" du rondeau, ensuite parce que sa construction en est difficile. Doublement !
DOUBLE PEINE
Si quelque jour la mort m'emporte,
Je lui ferai un pied-de-nez
Et je lui claquerai la porte
A la gueule pour terminer !
Sur les heures assassinées
Et les chagrins en grande escorte,
Je m'offrirai une tournée
Si quelque jour la mort m'emporte.
Lors, à sa face peu accorte,
Je sourirai pour fredonner
Ma joie ; narguant mes amours mortes
Je leur ferai un pied-de-nez !
Je partirai me promener
A Dieu, à diable, peu importe,
Au bout de mon compte d'années,
Et je leur claquerai la porte.
Mais l'espérance est la plus forte
Et j'ai foi dans ma destinée,
Si même elle claque la porte
A ma gueule pour terminer !
Et moi, misérable cloporte,
J'irai dans les nues séjourner
Chez les anges et leurs cohortes,
A l'éternité condamné,
En quelque sorte...
(Peyrolles-en Provence, le 21 janvier 2012)