Dimanche 9 novembre 2008
7
09
/11
/Nov
/2008
17:49
De retour
d'une jolie randonnée entre Peyrolles, mon village d'adoption sur lequel j'ai écrit une page il y a quelque temps, et Jouques, village voisin qui m'est également très cher pour y avoir exercé
pendant vingt ans mon métier d'instituteur, voici aujourd'hui un texte écrit sur ce village un soir, à la sortie de l'école, face au curieux "Grand Pré" qui fait, entre autres, l'originalité de
ce très attachant coin de Provence :
LE GRAND PRE DE JOUQUES
Adossé aux rochers tournés vers le midi,
Le village au soleil prend des teintes pourprées
Et quand l'ombre et le jour dansent dans l'air tiédi
Jouques, sereinement, veille sur son Grand Pré.
Sous la pierre élimée de ses vieux oratoires,
En écoutant chanter ses fontaines ombrées
Et s'écouler le temps comme une belle histoire
Jouques, pieusement, veille sur son Grand Pré.
Sous la garde figée du Monuments aux Morts
Rôde le souvenir des heures sinistrées,
La voix des disparus résonne encor bien fort
Et Jouques, fièrement, veille sur son Grand Pré.
Les mois et les saisons passent dans ses ruelles,
Des jours de canicule aux aurores givrées
Volent dans le mistral des chansons éternelles
Et Jouques, tendrement, veille sur son Grand Pré...
(Jouques, le 9 novembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Et avec un peu de retard, voici un petit acrostiche composé ce matin devant le même Grand Pré :
Je regarde danser sur les toits du village
Ombre, lumière, et jours de fête et jours d'orage,
Un parfum de bonheur flotte sur le Grand Pré
Que caresse le vent dans un souffle diapré ;
Un rayon de soleil glisse entre les fontaines
Et l'automne répand ses feuilles colorées
Sur des allées de rêve et d'espoirs par centaines...
(Jouques, le 10 novembre 2008)
Poème inédit
0
Lundi 10 novembre 2008
1
10
/11
/Nov
/2008
10:55
Voici
aujourd'hui deux poèmes qui sortent un peu de l'ordinaire de ma production...
La tonalité, habituellement très mélancolique, de mes textes est ici très différente :
Le premier est un véritable hymne à la vie dans tous ses états :
ESPRIT DE CONTRADICTION
Je chante la nuit,
La lune et les astres,
Les heures d'ennui,
L'effroi des désastres ;
Je chante le jour,
Le soleil, le vent,
Les jeux de l'amour,
Les rêves d'enfant ;
Je chante la brume
Des jours de tristesse,
Les pleurs qui consument
Les coeurs en détresse ;
Je chante l'espoir
Des matins qui brillent,
Le rouge et le noir,
L'or et les guenilles ;
Je chante la peur,
Le sang et la haine,
Les soirs de malheur
Et les nuits de peine ;
Je chante l'audace,
Les cris de victoire,
La gloire qui passe,
Les joies illusoires ;
Je chante la mort,
L'ombre et le frisson,
Et les coups du sort
Que nous maudissons ;
Je chante un sourire
Sur un nourisson,
Ses éclats de rire
Que nous bénissons ;
Tant pis si je mens
Ou si je me vante :
C'est tout simplement
La vie que je chante !
(Peyrolles-en-Provence, le 3 novembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Quant au poème suivant, l'idée m'en était venue à la suite d'une activité pédagogique assez classique à l'école élémentaire,
qui consiste à demander aux élèves de rédiger une recette de cuisine. Mais ce jour-là, pour apporter un peu d'humour et d'inattendu, je leur avais demandé d'en écrire une totalement
imaginaire, ce qui les avait beaucoup amusés.
Et moi, je m'étais également piqué au jeu en commettant cette recette particulièrement indigeste... mais tellement réaliste !
LA SOUPE A LA GRIMACE
(Le nombre de convives importe peu, mais cette recette est bien adaptée à un dîner en tête à tête...)
Prenez un grand chaudron de mauvaise humeur,
Versez-y plusieurs litres de fiel et de rancoeur,
Jetez-y quelques poignées de mauvaise foi et d'amertume,
Ajoutez du brouillard, de l'orage et des brumes,
Remuez longuement avec de mauvaises pensées
Afin de faire fondre les sourires forcés ;
Assaisonnez d'une pincée de remarques mesquines,
Réchauffez peu à peu les jours de grise mine,
Réservez, et faites-en tout un plat, vos chagrins à venir
Et faites revenir doucement vos tristes souvenirs...
Mettez au frais vos idées de vengeance
Que vous servirez plus tard avec jouissance.
Dites enfin le Benedicite, deux Ave, trois Pater...
Puis éclatez de rire, pissez dans la marmite et foutez-moi ça en l'air !
(Meyrargues, le 23 novembre 2006)
Poème inédit
0
Mardi 11 novembre 2008
2
11
/11
/Nov
/2008
09:31
"...Ont droit qu'à
leur cercueil la foule vienne et prie". (Victor Hugo)
En ce jour du 11 novembre, 90ème anniversaire de l'armistice de la première grande boucherie du sanglant XXème siècle, alors que
le dernier Poilu survivant de cette hécatombe a rejoint au mois de mars dernier ses camarades disparus, nous devons une pensée à nos grands-pères,
ceux qui, naïvement, croyaient qu'ils combattaient pour la "der des der", tant l'horreur du carnage dans lequel leur jeunesse avait été précipitée leur paraissait inégalable. Nous savons
aujourd'hui combien le pire est toujours possible et tous les "devoirs de mémoire" risquent fort, hélas, d'être inopérants face à l'amnésie et à la folie meurtrière des
hommes.
Puisse le XXIème siècle tirer les leçons du passé, mais je voudrais en être convaincu...
Sang et feu
bouillie d'hommes
atomes affreux
râles et corps à corps
Mort.
(Peyrolles-en-Provence, le 10 février 2005)
Haïku inédit
AUX MORTS !
Il n'en reste plus un,
De ceux du Bois-le-Prêtre
Et de ceux de Verdun
Qu'on a fait disparaître
Au fond d'une tranchée.
Leur jeunesse écorchée
Sur les fils barbelés
N'est qu'un rêve écroulé.
Je vois passer leurs âmes
Sur le Chemin des dames
En long cortège gris
Et la boue de l'Argonne,
Et le clairon qui sonne
Ont des relents aigris
Lorsque l'on commémore
A grands feux tricolores...
Que sont donc devenues
Ces sombres silhouettes
Aux longues baïonnettes
Pointées vers l'inconnu ?
Elles montent la garde
Et veillent, éternelles,
Sur nos mines hagardes
Aux larmes solennelles...
(Peyrolles-en-Provence, le 11 novembre 2008)
Poème inédit
A LAZARE PONTICELLI, DERNIER TEMOIN DE LA "DER DES DER"
Tu étais le dernier de la bande
De tous ceux qui avaient fait l'offrande
De leur jeunesse à l'autel sacré
Du pays des rêves massacrés...
Tu étais le dernier des Poilus
Veillant sur les cercueils vermoulus
Des copains endormis sous la terre
Dévastée des honneurs militaires...
Tu étais le dernier souvenir
Dressé face aux siècles à venir,
Le dernier, qui a tourné la page
Ensanglantée des années d'orage...
Tu étais le dernier survivant
De ce carnage, et demain le vent
Chantera seul votre immense gloire
Au hasard des sentiers de mémoire...
Adieu Lazare, et n'oublions pas
Tes copains qui sont morts au combat :
Donne le bonjour à nos grands-pères,
La Patrie a le droit d'être fière.
(Peyrolles-en-Provence, le 27 mars 2008)
Poème inédit
Le poème qui suit a été écrit il y a déjà 13 ans, à une époque où ma
"production littéraire" était très faible. Je l'avais rédigé en souvenir d'un moment d'émotion intense ressenti l'été précédent à Verdun,
alors que je visitais un des champs de bataille où avait combattu mon grand-père paternel, François Orengo.
Il s'était engagé, trichant sur son âge, à moins de 19 ans au 41ème Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc et a été, au sein de cette unité, de bien
des coups durs, menant une fort glorieuse Grande Guerre, et y gagnant deux citations, dont une à l'ordre de la division, distinction peu courante pour un simple
soldat.
A MON GRAND-PERE, LE POILU
Des Flandres à Verdun, du Mort-Homme à l'Argonne,
Et du Chemin des Dames au Plateau de Craonne,
J'ai suivi tes vingt ans dans les grands cimetières
Où les croix alignées couvrent la terre entière.
J'ai suivi tes vingt ans consumés dans l'enfer
De la boue et du sang, et du feu, et du fer,
J'ai suivi tes vingt ans, cheminant sur les crêtes,
Et j'y ai vu briller l'acier des baïonnettes.
J'ai guetté ton fantôme entre les forteresses
Et cherché ton regard, celui de ta jeunesse
Qui côtoyait la mort au fond de ces vallons
Où j'entendais le vent chanter La Madelon...
J'ai suivi tes vingt ans couleur bleu horizon
Et j'ai erré longtemps près de La Malmaison
Parmi les champs d'horreur, te cherchant, ô grand-père,
Le long des croix de bois, le long des croix de pierre,
Le long des souvenirs que hante l'hécatombe,
Rêvant, au vent d'été qui souffle sur les tombes...
(Peyrolles-en-Provence, le 24 novembre 1995)
Poème extrait du Sentier des Cantilènes, éd. Amalthée - Nantes
0
Mercredi 12 novembre 2008
3
12
/11
/Nov
/2008
08:44
Je suis loin d'en être un ! Mon style de grimpeur ayant la grâce et la légèreté de l'éléphant allant boire au grand fleuve Limpopo, mais l'escalade, malgré mon peu de dispositions naturelles pour cet art a toujours été une grande
passion. Je continue à la pratiquer, beaucoup plus irrégulièrement que dans ma jeunesse, mais je persiste et m'obstine...
Le premier des poèmes qui suivent parle des états d'âme du grimpeur - ou de la grimpeuse - lorsqu'il se trouve embarqué dans un passage délicat. Certaines expressions échapperont au
profane, mais nombreux sont ceux qui s'y reconnaîtront.
COMPLAINTE DU GRIMPEUR
J'aurai du pot si je m'en sors,
Cette voie ne m'inspire guère,
Elle me paraît bien sévère,
Surveille-moi, coquin de sort !
Je sens qu'il va y avoir du sport,
Que fais-je dans cette galère ?
Il faudrait un funiculaire,
Aide-moi donc, coquin de sort !
Les surplombs, ce n'est pas mon fort,
Et où ont-ils planqué les prises ?
Il me faut mouiller la chemise,
Donne du mou, coquin de sort !
Mais ils ont comploté ma mort,
Où se trouve le prochain point ?
Pourquoi l'ont-ils mis aussi loin ?
Prends garde au vol, coquin de sort !
Le combat tourne au corps à corps,
Je suis très mal dans ce passage,
Je sens un bien mauvais présage,
Assure sec, coquin de sort !
Allons ! Un tout dernier effort
Et c'est gagné : c'était facile !
Tu vas voir, ça passe tranquille...
Redescends-moi, coquin de sort !
(Peyrolles-en-Provence, le 5 novembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains -
Paris
Le sonnet suivant a été écrit après l'escalade de la Dalle du Chaos de Claps, dans le Diois, une voie facile,mais très
esthétique :
LIGNE DE MIRE
Les mains posées à plat sur le calcaire blanc
Et les pieds en appui sur de vagues bossettes,
Je grimpe en écoutant résonner les clochettes
Que les troupeaux, plus bas, agitent en bêlant.
L'immense dalle dresse un formidable élan
Et se noie dans l'azur profond d'un ciel de fête
Où de grands choucas noirs s'amusent sur nos têtes
Et croassent en choeur sous le soleil brûlant.
La corde, devant moi, tire un trait vertical
Et me montre la voie de ce haut piédestal
Où déjà le copain m'attend en souriant ;
Je me dresse au sommet de ce rêve de pierre
Et je cherche au-delà de l'horizon fuyant
Où j'ai laissé l'enfant que j'ai été hier...
(Châtillon-en-Diois, le 11 novembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains, - Paris
Ce texte enfin, évoque la vision d'une superbe grimpeuse escaladant une voie de Sainte-Victoire de façon magistrale :
VERTICALE
Effleurant le rocher avec grâce,
Le flattant de caresses précises,
Elle joue et danse avec l'espace
Avec une gestuelle concise.
Des lueurs, des ombres indécises
La suivent en meute attentive,
Et le vide lentement se creuse
Tandis que s'élève la grimpeuse
Dans une facilité trompeuse.
Le ballet vertical s'accomplit
Alors que la lumière faiblit
Sur l'âpre décor de la montagne ;
Seuls le ciel, le vent et les nuages
Applaudissent quand elle s'éloigne,
Emportant un bonheur sans partage...
(Peyrolles-en-Provence, le 12 février 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Et pour conclure, trois haïkus de circonstance ; le dernier évoque un très beau
coucher de soleil sur les crêtes au-dessus de Saint-Ours, dans l'Ubaye...
Le vide se creuse
la peur enjôleuse
conduit le bal
vertical
(Site d'escalade d'Orgon, le 2 novembre 2005)
Elan de calcaire
appuis précaires
les lignes fuient
la corde suit
(Châtillon-en-Diois, le 11 novembre 2005)
Ourlet de sang
sur les crêtes
le soleil couchant
s'invite à la fête
(Saint-Ours, Haute-Ubaye, le 25 octobre 2008)
Haïku inédits
0
Jeudi 13 novembre 2008
4
13
/11
/Nov
/2008
11:06
Tous
les poètes, grands et petits, ont leurs muses attitrées. Moi-même, obscur rimailleur de province, je ne fais pas exception à cette règle. Je vais donc dédier cette page à l'une d'entre
elles, une amie et ancienne collègue de travail, qui fut une de mes grandes inspiratrices. Elle l'a été surtout par le soutien moral qu'elle m'a apporté, par la confiance en moi qu'elle a
tenté de me donner - la tâche était pratiquement surhumaine ! - et elle est pour beaucoup dans le "pas" que je me suis décidé à franchir en publiant deux recueils de poèmes.
Le premier texte a été écrit en souvenir d'un agréable séjour que nous avions fait en mai 2005, en compagnie d'un petit groupe de copains à Lévanto, en Italie, dans les "Cinque Terre".
Merci donc à C... pour sa confiance, et pour l'extrême patience qui lui a fallu pour me supporter au boulot !
LA GAMINE AUX YEUX EMERVEILLES
Je t'ai conduite un jour
Sur des terres baignées de soleil et de mer,
Et de ce court séjour
J'ai gardé la vision d'un bonheur éphémère.
Sur les petits sentiers qui longeaient le rivage
Je t'entendais chanter
Et je voyais danser dans tes yeux les images
De rêves enchantés.
J'avais parfois du mal à suivre ta cadence
A travers les collines
Où l'ombre et le soleil en choeur menaient la danse
D'une langueur mutine.
Et de te voir ainsi tutoyer les étoiles,
J'avais le coeur léger
Comme un rayon d'espoir que le bonheur dévoile
Aux yeux d'un naufragé.
Ce bonheur simple et franc que je voyais briller
M'a révélé alors
A mon propre regard encor mal réveillé,
Et j'ai béni mon sort.
Il n'est rien de plus beau que donner sans retour
Et de voir s'allumer
L'étincelle oubliée dans les nuits alentour
Et l'ombre s'animer.
J'ai soudain rajeuni en te voyant sourire
Dans le scintillement
Des derniers feux du jour qui semblaient applaudir
Ton émerveillement.
Alors, naïvement,
J'ai cherché à suspendre au vol l'instant heureux...
Et puis, tout simplement,
J'ai regardé le vent jouer dans tes cheveux.
(Peyrolles-en-Provence, le 6 octobre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Le second poème fait référence à une curieuse phobie de mon amie : celle des papillons ! C... me racontait un jour qu'elle
cherchait à l'exorciser en se promenant l'été chez elle, en maillot de bain au milieu des lavandes ! Cette étrange vision n'a pas manqué de m'inspirer, et j'espère que la revue de
lépidoptères qui suit l'aidera à surmonter cette phobie inhabituelle...
PAPILLONNAGE
J'ai vu passer le vol d'une diane dorée
Par-dessus l'arc-en-ciel d'un rayon de soleil,
Et un grand paon de nuit au matin égaré
D'un tendre chérubin effrayer le réveil...
Un bel amaryllis est venu en renfort
Se poser doucement sur un coin de rideau
Tandis que tout à coup un sphinx tête-de-mort
Frôlait l'ange effaré de son baiser lourdaud.
L'appolon descendu de ses hautes montagnes
Venait prêter main-forte au citron de Provence
Pendant que le bombyx et le tabac d'Espagne
Du petit angelot éprouvaient la patience !
Le machaon superbe et le grand mars changeant
Se sont donné le mot pour venir tour à tour
Hanter le chérubin de leur bal voltigeant
En faisant frissonner leurs ailes de velours...
Mais soudain au-dessus d'une allée de lavandes
Dans le foisonnement des ailes par millions,
Mes yeux émerveillés ont contemplé l'offrande
Du gracieux envol d'un ange-papillon !
(Peyrolles-en-Provence, le 19 novembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
0
Samedi 15 novembre 2008
6
15
/11
/Nov
/2008
15:26
Après de
longues journées de pluie et de temps maussade, le soleil est revenu. Mais sous le titre de cette page, j'écris surtout sur les coups de tabac qui agitent notre vie ordinaire, les contrariétés,
les coups de blues et les malheurs... Mais aussi sur toutes les petites satisfactions et les joies simples qui, patiemment, tissent la toile du bonheur.
Ainsi, le premier poème évoque les jours sombres de notre existence...
BRUME
La vie est pleine de doutes
de fausses routes
de déroutes
et l'on va coûte que coûte
à petits pas
au combat
que l'on ne gagnera pas
sur le trépas.
Les mois passent
les vagues du temps effacent
les jours de grâce
et les traces
de l'enfant que nous étions
et nous partons
à tâtons
vers d'incertains horizons...
(Peyrolles-en-Provence, le 21 novembre 2006)
Poème inédit
Le suivant, en revanche, veut nous dire qu'il faut toujours garder espoir, et que si la vie nous impose parfois de dures
épreuves, la meilleure réponse reste le courage.
COUP DE MISTRAL
Il souffle, le mistral, sur nos âmes,
Il tempête... Attend-il qu'on l'acclame ?
Il s'agite, il soupire, il gémit,
Il hurle la peine des amis.
Mais il a aussi dans ses rafales
Des accents de marche triomphale.
Il emporte avec lui jusqu'aux cieux
Nos questions, nos espoirs, nos adieux...
Il fait danser les nuages
Et s'éclairer les visages
Du sourire de la vie
Au bonheur qui nous convie ;
Il emporte sur son aile
Une espérance éternelle,
Il nous bouscule un peu fort,
Poussant sa voix de stentor
Par-delà nos bavardages,
Et pour nous donner courage
Le mistral a des mots durs...
Mais il fait place à un grand ciel d'azur !
(Peyrolles-en-Provence, le 9 novembre 2007)
Poème inédit
Et comme souvent pour conclure, voic deux haïku "météorologiques" :
Première gelée
d'automne aux feuilles envolées,
lunes voilées...
(Peyrolles-en-Provence, le 18 novembre 2005)
Neige,
nuages plombés,
le ciel se désagrège,
ombres dérobées...
(Meyrargues, le 25 novembre 2005)
Le dernier, quant à lui, est beaucoup plus symbolique :
Les idées noires
sont tapies derrière le miroir
des faux-espoirs.
(Peyrolles-en-Provence, le 26 novembre 2005)
Ces trois haïku sont inédits.
0
Dimanche 16 novembre 2008
7
16
/11
/Nov
/2008
20:11
Il est bon parfois
de régler quelques comptes avec soi-même, histoire de ne pas s'en raconter, justement, des histoires ! Ce poème d'auto-dérision est composé de vers inégaux, volontairement chaotiques, comme pour
mieux souligner mes trop nombreuses imperfections. Mais nul ne peut prétendre, sans tomber dans le péché d'orgueil, à la perfection.
AUTO-CRITIQUE
Je n'ai rien d'un chevalier-servant
Sur son destrier, les cheveux au vent,
Et ressemble plus à ce bon Sancho Panza,
Aussi gracieux qu'un dodu poussah !
Je suis adroit de mes mains comme un chien de sa queue
Et si je plante un clou, appelez les pompiers,
Déclenchez le sauve-qui-peut,
Car je risquerais de vous estropier :
Gardez-moi de jouer avec le feu !
J'ai fait depuis longtemps l'éloge de la paresse,
Et, prêchant d'exemple devrais pour cela aller à confesse ;
Je suis égoïste
Et j'ai souvent l'humeur triste ;
Mon impatience
Egale en présomption mon manque de confiance !
Mes défauts sont si nombreux que je manque de place
Pour les écrire,
Je manque de chic, d'allure et de classe,
Mais il serait bien vain aujourd'hui de maudire
Les coups du destion, car la Providence
A su malgré tout me sourire
Et bénir mon berceau avec bienveillance.
A cause de ma petite taille,
Avec la cruauté de l'enfance qui raille,
Les copains de jadis m'appelaient "Loin-du-Ciel" ;
Je m'en suis rapproché heureusement, depuis...
Si j'ai bien des défauts, je suis ce que je suis
Et l'on m'aime quand même, et c'est là l'essentiel !
(Peyrolles-enProvence, le 14 novembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Mais comme il faut savoie enterrer les vieilles querelles, je vais également le faire avec cette originale
EPITAPHE A MOI-MEME
Ci-gît un drôle de loustic,
Pas souvent facile à comprendre
Il était un peu hérétique ;
Il n'était pas toujours très tendre
Mais pour cela, brûlera-t-il
En enfer au fond de la nuit ?
Cela serait bien inutile,
Il y avait plus noir que lui !
Pardonnez à ce pauvre diable :
Il vous aimait à sa façon,
Mais il était bien incapable
De vous le dire, cet ourson !
Alors, puisqu'il s'est confessé,
Ayez pour lui une pensée...
(Meyrargues, le 28 novembre 2005 ; et que Dieu le garde en Sa Sainte Miséricorde... Amen).
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Enfin, puisque c'est aujourd'hui la Sainte Marguerite, et que c'était le prénom de
ma maman, je termine cette page sur cet acrostiche, en la remerciant de m'avoir mis au monde, et de m'avoir fait, malgré tout, ce que je suis :
Même si les années ont trop vite passé
Au nez des jours heureux, nous ne t'oublions pas ;
Rions tant qu'il est temps, les heures sont pressées,
Grignotant la jeunesse et nos joies pas à pas.
Un peu de ton sourire, un peu de ta présence
Eclairent cependant chaque jour mon chemin ;
Regardant au-delà des humaines errances,
Il me semble te voir me tendre encor la main.
Tu es toujours debout à mes côtés, discrète,
Et je me sens moins seul quand souffle la tempête.
(Peyrolles-en-Provence, le 16 novembre 2008)
Poème inédit
0
Lundi 17 novembre 2008
1
17
/11
/Nov
/2008
10:01
Hissons la
grand-voile aujourd'hui, et écoutons la mer nous chanter les belles histoires qui ont bercé notre enfance. Comme je l'écrivais il y a peu de temps, j'aurais pu être marin au lieu de gravir les
montagnes ; mais j'ai toujours gardé pour la mer un tendre attachement. Voici donc un sonnet irrégulier à ceux qui passent leur vie sur les flots :
LES MATELOTS
Ils ont dans le regard des rêves d'horizons
Qui se perdent au loin sur des récifs sauvages,
Leurs chants ont des accents qui donnent des frissons
Et leurs rires aussi se brisent sur les plages.
Ils traînent dans des rues qui sentent le poisson
Le long des quais, le soir, et font avec tapage
Des entrées chaloupées dans l'ombre des boxons,
Claquant la porte au vent et à tous les naufrages.
Ils portent avec eux des parfums d'aventure,
Des souvenirs d'enfants et de belles lectures
Que l'on lisait jadis en écoutant la mer.
Ils ont la peau brûlée aux soleils exotiques
Et le sommeil bercé par d'étranges musiques,
Ils ont dans le regard nos rêves éphémères...
(Peyrolles-en-Provence, le 27 mars 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Clin d'oeil à Pierre Loti, voici maintenant un souvenir de voyage effectué en 1974 en Islande où
j'ai passé 45 jours avec mon épouse. Un beau moment de nostalgie...
REVEUR D'ISLANDE
Je me souviens encor des rues de Reykjavik
Alignées sous l'éclat d'aurores magnifiques
Et du ricanement des mouettes sur le port
Au-dessus des bateaux amarrés bord à bord.
Il y avait aussi un curieux petit lac
Où glissaient des canards sur un léger ressac
Dans cette capitale aux airs de gros village
Bercée par des chansons d'écume et de sillages.
Des bouges enfumés qui sentaient le hareng
Des marins éméchés, blonds et vociférants,
Sortaient en titubant, la bouteille à la main,
Pour se saoûler encor, jusques au lendemain...
Je me souviens aussi des immenses glaciers
Se disloquant au bord de grèves suppliciées
Sous des cieux de tempête et sous l'assaut des vagues,
Et des déserts de lave aux airs de terrains vagues
Parsemés çà et là de lacs et de geysers ;
Des orgues de basalte entonnaient des concerts
Qu'accompagnaient aussi les cris des cormorans
Et au pied des volcans la rumeur des torrents...
Et puis je me souviens de ces longs crépuscules
Où le jour et la nuit tenaient conciliabule
Le long des fjords étroits sans décider jamais
Qui cèderait la place, et le ciel s'enflammait.
Du haut de mes vingt ans je rêvais éveillé
Et j'ouvrais sur la vie des yeux émerveillés
En regardant traîner le soleil de minuit
Et s'attarder le temps sur l'horizon, sans bruit.
Ce soir en écrivant ces rimes nostalgiques,
Je me revois encor flâner dans Reykjavik...
(Peyrolles-en-Provence, le 21 novembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Le texte suivant est unique dans ma "production" puisqu'il s'agit en fait d'une chanson que je me suis amusé à écrire voici
trente quatre ans entre midi et treize heures trente dans ma classe de l'époque, à Port-de-Bouc.
Il peut se chanter sur l'air de "There's no more corn on the brazos", interprété en 1970 par le groupe néerlandais "The Walkers". Je n'ai pas l'intention, quant à moi, d'en faire
un "tube" !
CHANT DE MATELOTS
Ils étaient tous de hardis matelots,
ho, ho, ho, ho, ho, ho
Gabiers, moussaillons, capitaine et bosco,
ho, ho, ho, ho, ho...
Ils n'avaient jamais pris un ris de trop,
ho, ho, ho, ho, ho, ho
Jamais démâté, toujours pavillon haut,
ho, ho, ho, ho, ho...
Un soir pourtant du côté de Rio,
ho, ho, ho, ho, ho, ho
La vague et le vent eurent le dernier mot,
ho, ho, ho, ho, ho...
Depuis ce jour du côté de Rio,
ho, ho, ho, ho, ho, ho
On entend parfois au-dessus des flots
ho, ho, ho, ho, ho...
Chanter le soir ce chant de matelots,
ho, ho, ho, ho, ho, ho
Et tous les marins ont le coeur un peu gros,
ho, ho, ho, ho, ho...
Ils étaient tous de hardis matelots,
ho, ho, ho, ho, ho, ho
Gabiers, moussaillons, capitaine et bosco,
Dorment sous les flots...
(Port-de-Bouc, novembre 1974)
Texte inédit
Et après ce petit divertissement sans aucune prétention, un acrostiche improvisé hier soir...
Voguez vers l'horizon sur les ailes du vent
Où se perd le regard au bout de l'océan,
Y compris aussi loin que vous mène le rêve
Au-delà des courants et des lointaines grèves,
Gagnez la haute mer sur la crête des flots
Et laisser vous bercer le chant des matelots !
(Peyrolles-en-Provence, le 16 novembre 2008)
Poème inédit
0
Mardi 18 novembre 2008
2
18
/11
/Nov
/2008
09:21
Ce "coin de
Toile" a été ouvert sur une page qui fait référence à un itinéraire peu fréquenté de Sainte-Victoire, le Sentier des Cantilènes, suspendu entre la base du dernier ressaut du Grand Parcours du
Signal et le haut de l'Aiguille des Gadz'Arts. Les grimpeurs locaux et les randonneurs sportifs en quête de sensations le connaissent bien. Aujourd'hui, je vais donc consacrer cette page à la
montagne emblématique du Pays d'Aix, l'imposante Sainte-Victoire, en commençant par un sonnet classique :
A L'OMBRE DE SAINTE-VICTOIRE
J'ai arpenté le pied de tes hautes murailles
En quête d'aventure au gré de mon errance,
J'ai suivi tes sentiers tapissés d'espérance
Poursuivant au hasard des rêves de rocaille...
J'ai gravi tes parois et livré des batailles
Où parfois ma jeunesse, avec insouciance,
A nargué le destin de sa folle arrogance
En voulant le toiser de ma petite taille !
J'ai guetté les couchers de soleil sur les crêtes
En regardant le jour qui sonnait la retraite
Dans un dernier éclat sur la Croix de Provence ;
Et bien souvent j'ai cru voir sourire la pierre
Et chuchoter le vent, le ciel et la lumière,
Blotti contre tes reins de roc et de silence...
(Peyrolles-en-Provence, le 20 novembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Le deuxième est moins académique : il est constitué de vers
octosyllabiques ce qui est plus rare, et surtout il ne respecte pas l'agencement normal des rimes. Autant dire qu'il n'a de sonnet que le nom ! Mais j'ai toujours considéré que la poésie
autorisait toutes les fantaisies.
J'ai rédigé celui-ci immédiatement après une belle randonnée dans le secteur de la croix entre le
tracé vert dit "Sentier Forcioli" et la Brèche des Moines que nous avions descendue en rappel pour rejoindre le tracé jaune du Pas de la Savonnette.
Un très beau parcours.
AU PIED DE LA CROIX DE PROVENCE
Sur des avenues de caillasses,
A l'assaut du grand ciel d'azur,
Nous avons traîné nos godasses,
La tête claire et le coeur pur.
Sur les crêtes poudrées de givre
Nous nous sommes dressés soudain,
L'âme comblée de joie de vivre
Malgré des faux-pas incertains !
Puis d'un bond hardi dans le vide,
Armés d'une ardeur intrépide,
Nous avons dansé sur l'abîme.
Et comme ultime récompense,
J'ai composé ces quelques rimes
Au pied de la Croix de Provence.
(Sainte-Victoire, le 11 décembre 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
Quant
au dernier texte, je l'ai écrit hier soir, en souvenir d'une voie d'escalade, le Grand Parcours du Signal évoqué plus haut, effectuée vendredi dernier et qui s'est achevée à la nuit tombante, et
dont la descente, par l'itinéraire du Trou du Garagaï, s'est faite de nuit, à la lueur... de mon téléphone portable !
Je garderai de cette petite aventure
un excellent souvenir.
Ce poème est construit de manière originale, avec des vers inégaux mais dont on retrouve les séquences régulièrement, selon le schéma de 12 - 12 - 14 - 11 - 12 -
12 et 13 pieds, comme pour exprimer par un faux rythme ce que fut notre descente quelque peu hésitante !
SOUS L'OEIL DE LA LUNE
Nous jetions dans l'assaut final des derniers mètres,
Au moment où le jour tardait à disparaître
Dans un ultime sursaut ce qui nous restait d'élan,
Et derrière nous l'à-pic des rocher blancs
Se teintait des reflets pourpres du crépuscule ;
Avec des gestes lents, précis, de funambules,
Nous nous sommes tout à coup dressés sur l'horizon.
La nuit se faufilait au milieu des buissons
Qui parsèment la crête, et au lointain la lune
S'est levée pour saluer notre victoire à la brune ;
Nous nous sommes serré la main, simplement,
Et bientôt, sous les yeux brillants du firmament
Nous avons commencé une étrange descente
Le long d'une difficile et invisible sente...
Patients, nous avancions à la pâle lueur
D'un faible lumignon aux caprices joueurs,
Nous cheminions au-dessus de perfides précipices
Parmi le chaos de l'abrupt édifice,
Mais notre coeur battait un rythme triomphant
Et nos yeux s'éclairaient d'un sourire d'enfant.
La lune maintenant nous escortait en silence
Et la nuit étentait sa sombre nonchalance
Tandis que le sentier nous ramenait enfin
Vers la terre des hommes et des fastes citadins.
Mais derrière nous la lune était complice
Et faisait s'allonger nos ombres en coulisses,
Comme si nous étions soudainement plus grands
Au regard des étoiles et des rêves errants...
(Peyrolles-en-Provence, le 17 novembre 2008)
Poème inédit
0
Jeudi 20 novembre 2008
4
20
/11
/Nov
/2008
11:17
Prenons un peu de hauteur aujourd'hui, au propre comme au figuré, tout d'abord avec ce poème
évoquant une magnifique randonnée dans le Vercors l'an dernier à la même époque, où j'aurais aimé ce jour-là être un oiseau pour m'envoler au-dessus des nuages et des superbes étendues
neigeuses aux allures de Grand Nord...
J'AI SURFE SUR LES NUAGES
Surfant sur les nuages
au vent des cîmes,
j'ai emporté dans mon sillage
ces quelques rimes.
C'est qu'il faisait si bon
voler au-dessus
des brouillards et des flocons,
des frimas et des rêves déçus.
J'ai dansé sur les ciels d'orage
et le vent bourru
au son de leurs accords sauvages...
(Chichilianne, Vercors, le 24 novembre 2007)
Poème inédit
Ensuite avec cette série de haïku aériens et, pour le dernier, une note de mélancolie automnale :
Dentelles de glace
brodées sur l'espace
fugace
d'un rêve qui passe
(Col de Bachasson, Vercors, le 25 novembre 2007)
Altitude
ciel de cristal et solitude
quiétude
et plénitude
(Crêtes de Saint-Apôtre, Buëch, le 4 novembre 2007)
Les feuilles mortes
s'amoncellent
devant la porte
les souvenirs ruissellent
(Peyrolles-en-Provence, le 28 novembre 2006)
Ces trois haïku sont inédits
Enfin, comme c'est aujourd'hui la Saint Edmond, prénom de mon père, voici un acrostiche non pas sur le prénom lui-même
car je l'ai déjà écrit sur ce site même le 3 novembre dernier, mais sous une forme beaucoup
plus simple :
Pour les trop courts instants à jamais envolés
A gré des souvenirs, merci ! En ton absence,
Prions, et que le vent clame à toute volée
Au seuil du Paradis l'amour et l'espérance...
(Peyrolles-en-Provence, le 20 novembre 2008)
Poème inédit
0