Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 10:13

3474895036_9f7dd99e34.jpg     Etant alpiniste à mes heures, j'aurais pu intituler cet article "A chacun son Everest".  Mais j'ai toujours aimé les métaphores et les références maritimes !

    Le premier janvier de cette année, j'ai eu soixante ans. C'est un tournant de la vie et un cap qui peut être délicat à franchir. Pour ma part, ce cap a été doublé plus aisément que celui de la cinquantaine. Sans doute me suis-je fait une raison et me suis-je en quelque sorte... amariné !

    Cependant, je suis bien conscient que les meilleures années de navigation sont maintenant derrière moi, et mon bateau donne quelques signes de fatigue. Des avaries de plus en plus fréquentes m'obligent à faire relâche dans des eaux tranquilles que je n'apprécie guère. Je poursuis néanmoins ma route, tanguant et fluctuant sur la grande houle de la vie, balayé parfois aussi par des déferlantes inattendues. Mais malgré tous les coups de tabac, je tiens ferme la barre et le voyage peut être encore long ; alors, hardi, matelot, et vogue la galère !

     C'est ce que veut exprimer ce sonnet particulier, aux deux tercets embrassés.

 

LE CAP DE BONNE ESPERANCE

 

J'ai abordé les soixantièmes mugissants.

J'ai doublé bien des caps, essuyé des tempêtes,

J'ai failli m'échouer, y rester à perpète,

Ou jeter mes espoirs sur de traitres brisants.

 

J'ai mené mon esquif à travers bien des passes

Et j'ai perdu le nord dans de tortueux détroits

Alors que je tentais de toujours marcher droit.

 

Je me suis retrouvé parfois dans des impasses,

J'ai cherché mon chemin, évité le naufrage

Et j'ai souvent, hélas, douté de mon courage.

 

Mais dès lors que je vais dans le jour faiblissant,

Que mon énergie sent la poudre d'escampette,

S'ajoutent les années sans tambours ni trompettes,

Je veux garder le cap sur l'horizon naissant.

 

(Peyrolles-en-Provence, le 22 janvier 2012)

 

   Avec l'âge, il est inévitable de penser à la mort. Cette vie terrestre n'est pas éternelle et il faudra bien qu'un jour je tire ma révérence. Cette perspective me préoccupe, interpelle ma curiosité, mais ne me fait pas peur. Après tout, la chose est inéluctable, alors autant l'envisager avec philosophie. Pour autant, je ne suis pas pressé d'être invité à la table de la Camarde ; j'ai encore quelques petites affaires à régler ici-bas et l'idée de quitter définitivement nombre de gens que j'aime m'attriste. Mais si ces êtres qui me sont chers gardent un bon souvenir de mon passage, malgré tous mes nombreux et insupportables défauts, je n'aurai pas de raison de ne point partir le coeur en paix.

   Voici donc un poème de dérision ; il s'agit d'un "rondeau redoublé", un genre quelque peu tombé dans les oubliettes de la poésie et que je me suis amusé à retirer de la poussière. Je l'ai appelé "Double Peine" d'abord parce que c'est une forme "redoublée" du rondeau, ensuite parce que sa construction en est difficile. Doublement !

 

DOUBLE PEINE

 

Si quelque jour la mort m'emporte,

Je lui ferai un pied-de-nez

Et je lui claquerai la porte

A la gueule pour terminer !

 

Sur les heures assassinées

Et les chagrins en grande escorte,

Je m'offrirai une tournée

Si quelque jour la mort m'emporte.

 

Lors, à sa face peu accorte,

Je sourirai pour fredonner

Ma joie ; narguant mes amours mortes

Je leur ferai un pied-de-nez !

 

Je partirai me promener

A Dieu, à diable, peu importe,

Au bout de mon compte d'années,

Et je leur claquerai la porte.

 

Mais l'espérance est la plus forte

Et j'ai foi dans ma destinée,

Si même elle claque la porte

A ma gueule pour terminer !

 

Et moi, misérable cloporte,

J'irai dans les nues séjourner

Chez les anges et leurs cohortes,

A l'éternité condamné,

En quelque sorte...

 

(Peyrolles-en Provence, le 21 janvier 2012)

 


 


 



 


 


Par Vieux Loup
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 10:49

6232469318_2def9fae41.jpg    Deux poèmes d'une autre veine aujourd'hui.

   Le premier est une villanelle, poème à forme fixe d'origine italienne et très en vogue au XVIè siècle, surtout prisée pour exprimer des sentiments amoureux ou d'aimables frivolités. Celle qui suit, dont le titre est un lamentable et inexcusable jeu de mots, se veut un hommage à l'éternel féminin.

 

LA VILLE EN ELLE

 

Elle porte la ville en elle,

Juchée sur ses hauts escarpins,

L'ombre de la femme éternelle !

 

Dans la flamme de ses prunelles,

Dans ses riches frou-frous urbains,

Elle porte la ville en elle.

 

Elle est postée en sentinelle

Entre bourgeoises et tapins,

L'ombre de la femme éternelle !

 

Par les boulevards, les venelles,

En dentelle et dessous rupins,

Elle porte la ville en elle.

 

Timide, prude ou péronnelle,

Elle a des airs de chérubin

L'ombre de la femme éternelle !

 

Je chanterai ma ritournelle,

Je lui servirai de larbin ;

Elle porte la ville en elle,

L'ombre de la femme éternelle !

 

(Meyrargues, le 23 janvier 2012)

 

    Le second texte est un exercice poétique inspiré par la vision l'autre matin depuis la fenêtre de mon bureau, du champ qui s'étend derrière ma maison. Il y avait un peu de brouillard qui planait au-dessus de ce champ et dont l'épaisseur n'atteignait pas la hauteur de mon étage. Il se dégageait de ce spectacle une ambiance très étrange.

 

LE CHAMP DERRIERE CHEZ MOI...

 

Dans le champ derrière chez moi

Ne poussent que des herbes folles

Et des cailloux en farandole.

 

La lisière d'un petit bois

Cache une pimpante bastide

Entre la route et le canal.

 

Tout au fond coule le Réal

Qui promène son cours timide

Sous l'oeil attendri des pêcheurs.

 

De ce champ de terre et de friche

Un jour je surpris une biche

Venue savourer sa fraîcheur ;

 

Parfois un héron s'y repose

Avant de reprendre son vol

De gracieux avion au long col...

 

On y voit de drôles de choses

Flotter dans le matin brumeux,

Et des lumières fantastiques.

 

Des silhouettes fantomatiques

Vont sous le couvert cotonneux

Et s'estompent comme des ombres...

 

Dieu-sait parfois ce que je vois

Dans le champ derrière chez moi,

Tapi dans l'herbe et la pénombre !

 

(Peyrolles-en-Provence, le 24 janvier 2012)

Par Vieux Loup
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 13:50

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JUSTIFICATION DE LA PARESSE

 

       Dieu a créé le monde en six jours et s'est reposé le septième.

       Depuis, Il n'a pas repris le travail.

       Devant un tel exemple, comment voulez-vous que j'aie envie de bosser !

 

       Après cette réflexion humoristique qui m'est venue subitement hier alors que précisément je cherchais à trouver un petit job pour arrondir les fins de mois, petit pied-de-nez à l'attitude bien-pensante qui veut que l'on glorifie le travail, passons maintenant à la louange des choses simples qui, si l'on sait s'en contenter, sont un  des ingrédients qui permettent, sinon d'accéder au bonheur, du moins à une vie harmonieuse. Voici donc les

 

STANCES A LA NATURE

 

J'aime surprendre l'envol d'un perdreau,

Croiser dans l'herbe un bond de sauterelle

Ou le regard inquiet d'un lapereau,

J'aime le loup, l'omble et la tourterelle...

 

J'aime le chêne, admire le roseau,

Le lys, l'ajonc, même l'ortie sauvage,

Les grands sapins comme les arbrisseaux,

J'aime l'odeur des algues du rivage.

 

J'aime me perdre au plus profond des bois,

Errer sans but sur d'incertaines traces,

Dormir dehors avec le ciel pour toit

Et le sol dur comme simple terrasse.

 

La mer, la vague et l'horizon lointain

Bercent aussi mes rêves de partances,

Un frêle esquif aperçu le matin,

Et j'ai le coeur qui se met en vacances !

 

Le froid, le vent, la neige des sommets

Me font chanter au Seigneur des louanges

Pour relever leur défi s'il promet

De beaux combats sous le regard des anges !

 

J'irais aussi marcher dans le désert

Ou m'égarer sur les glaces polaires

Pour m'accorder au merveilleux concert

Des éléments en fête ou en colère.

 

Et si demain faveur m'était donnée

D'aller au loin tutoyer les étoiles

A travers ciel, sans penser aux années,

Sans hésiter je mettrais à la voile.

 

Mais j'aime aussi le modeste plaisir

De parcourir un sentier débonnaire

Près de chez moi et flâner à loisir

Dans la douceur d'un instant solitaire.

 

Ou simplement, en caressant mon chien,

Voir le soleil se coucher sur la plaine

Et, entouré de l'affection des miens,

M'émerveiller du vol d'une phalène...

 

(Peyrolles-en-Provence, le 7 février 2012)

 

Et puis pour conclure sur une note légère, voici un haiku inspiré par un petit accident domestique récent où, ayant entrepris de me couper une tranche de pain, j'en ai profité pour me trancher résolument le pouce, haut-fait qui m'a valu une visite-éclair au service des urgences de l'hôpital d'Aix-en-Provence et quelques points de suture...

 

J'ai tranché dans la viande :

Etait-ce une offrande,

ou pieuse demande ?

 

(Puyricard, le 30 janvier 2012)

 


Par Vieux Loup
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 10:56

   Voici aujourd'hui deux poèmes très différents. Le premier est une petite ballade, clin d'oeil au grand Maître de ce genre que fut François Villon, qui est une interrogation sur le thème inépuisable du temps qui passe, et plus particulièrement sur l'incertitude du futur, que Dieu seul connaît. Mais sans doute, il est heureux qu'Il soit le seul à avoir certaines réponses à nos questions !

 

BALLADE DU TEMPS FUTUR

 

Dites-moi vers quelles contrées

Coulent les eaux de la rivière,

Quels paysages rencontrés

Au gré de toutes les lumières

Disparaîtront au cimetière

De l'oubli ou du souvenir ;

Par monts, prairies, sables et pierres,

Où vont les ruisseaux à venir ?

 

Où vont les années sinistrées

A coups d'espoirs jetés en bière ?

Et sous les ponts, enchevêtrées,

Les eaux bénites, les prières,

Partent vers d'occultes frontières

Pour ne plus jamais revenir,

Dieu ! depuis les heures premières,

Où vont les ruisseaux à venir ?

 

Vers quoi nos rêves émigrés

Portent leur quête aventurière,

Et quels veaux d'or idolâtrés

Répondront à l'heure dernière

Lorsque se cloront nos paupières

Sur la question du devenir ?

Où nous mène notre croisière,

Où vont les ruisseaux à venir ?

 

Seigneur du Ciel, sous Ta bannière,

Conduis nos pas vers l'avenir,

Qu'importe, et de quelle manière,

Où vont les ruisseaux à venir !

 

(Peyrolles-en-Provence, le 11 février 2012)

 

*Le second poème est beaucoup plus léger. Le thème abordé - il s'agit de certaine pièce vestimentaire, objet de bien des fantasmes - peut offusquer les lecteurs les plus prudes. J'invite donc ceux-ci à regarder ailleurs !

 

ODE A LA PETITE CULOTTE

 

Culotte de satin, de soie ou de coton,

Rose, blanche, diaphane ou encore à dentelles,

Blottie sous une robe ou sous un pantalon,

Avec des bas-résille, avec des jaretelles,

Qu'on l'appelle boxer, brésilienne ou tanga,

Elle porte l'espoir et les pensées secrètes

Qui traversent parfois l'esprit de tous les gars

Pour se loger ailleurs, dans un coin de braguette !

 

Le plus souvent cachée aux regards des curieux

Comme un dernier rempart à notre convoitise,

On l'imagine, on fait des songes luxurieux,

Et déjà, tout enfant, elle intrigue et attise

Un étrange intérêt qui nous pousse à lorgner

Par des ruses de Sioux sous les jupes des filles.

Nos cousines, à propos, ont quelquefois daigné

Lever un peu le voile au-dessus des chevilles...

 

Et si elle n'a plus désormais de secrets,

Si je l'ai vue souvent sous toutes ses coutures,

Aperçue sous l'effet d'un mistral indiscret,

Surprise aussi parfois en piteuse posture,

Ou même franchement, avec ostentation,

Révélée à mes yeux comme une offre galante,

Je ne puis me lasser de sa contemplation,

Fasciné par son charme et sa magie troublante !

 

Alors, ne jetez pas la culotte aux orties ;

Soignez-en l'attirance et l'intime mystère,

Ne la montrez pas trop : ce royaume interdit

Nous permet de rêver, il faut savoir le taire.

Rien n'est plus décevant que de n'en point porter,

  Car un derrière nu surpris sous une jupe

Laisse le goût amer d'un rêve dévasté,

D'une illusion perdue dans un marché de dupes !

 

(Peyrolles-en-Provence, le 9 février 2012)

 

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Par Vieux Loup
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 11:37

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*Les deux derniers acrostiches ne conviennent pas à de jeunes lecteurs

 

    Il y a deux jours, j'ai fait une randonnée à Sainte-Victoire où j'ai rencontré, pendant une courte période heureusement, des conditions extrêmement sévères : il s'est mis à souffler sur les crêtes, vers treize heures, une véritable tempête. Le vent était si violent que nous avions de la peine à tenir droits et la sensation de froid était intense. Je ne pense pas exagérer en affirmant que la vitesse de ce vent dépassait par moments les 130 km/h. Nous avons mis une demi-heure pour parcourir les 600 m de distance qui séparent le Pas du Chat du Refuge du Prieuré, tant la progression était difficile ! Du coup, cette petite aventure m'a inspiré ce sonnet original, peu académique puisqu'il se compose de deux tercets encadrant les deux quatrains.

 

FORCE 10

 

La tempête guettait au-delà de la crête,

Tapie sous le ciel bleu aux airs de faux-jeton

Tandis que nous grimpions d'une humeur guillerette...

 

Et puis elle a bondi. D'un appétit glouton

Elle a jeté sur nous ses cohortes voraces,

Ses hordes déchaînées et ses salves de glaces,

Nous forçant à ramper, à grands coups de bâton !

 

Aveuglés, titubant, nous allions à tâtons,

Glissant et trébuchant sur la blanche cuirasse

Qui tapissait le sol de sa traître fallace

Alors que le mistral gueulait sur tous les tons.

 

Et nous avons ainsi traîné notre carcasse

Jusqu'au havre douillet du refuge béni,

Congédiant la tourmente et ses mauvais génies !

 

(Peyrolles-en-Provence, le 16 février 2012)

 

Et à propos de mauvais génies, je vais renouer avec les miens avec ces deux acrostiches coquins ; le premier m'a été inspiré le jour de l'Epiphanie qui, bien que la chose n'ait rien à voir, m'a fait penser au prénom Fanny !

En Provence,  "Fanny" a l'honneur de présenter son plantureux derrière aux perdants malheureux à la pétanque lorsqu'ils n'ont pas réussi à marquer le moindre point. Ils se doivent alors de déposer un baiser sur cette partie charnue de ladite Fanny...

Pour ma part, bien que joueur médiocre, je n'ai jamais eu ce "malheur" !

 

Face à ton postérieur, je me prosternerais,

Acceptant avec joie le prix de la défaite !

Narguant le sort, j'irais vers tes rondeurs replètes

Nues sous ton blanc jupon, et je les baiserais...

Y a-t-il ici-bas de faveur plus parfaite ?


(Peyrolles-en-Provence, le 6 janvier 2012)

 

Enfin, très récemment, une de mes amies avec qui je discutais, entre autres,  de mes lubies érotico-poétiques, m'a dit sans sourciller qu'elle aimerait bien que je dédie à son prénom un de ces textes grivois, en tout bien tout honneur, bien entendu.

Elle l'aura voulu : Madame est servie !

 

"Nadiejda" signifie en russe l'Espérance,*

  Alors il est permis de rêver un instant :

  Dévoile-nous un peu tes charmes envoûtants,

  Invite-nous au bal des tendres indécences,

  Nonchalamment offerte à nos folles ardeurs,

  Et laisse le plaisir sacrifier la pudeur !

 

(Peyrolles-en-Provence, le 17 février 2012)

 

*Le prénom Nadine est en fait un combiné entre le prénom russe Nadiejda et le diminutif de Bernardine. Je préfère de loin le premier élément !

 

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Par Vieux Loup
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Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 09:38

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Je viens de faire un aller-retour rapide à Nancy où mon fils Rémi termine ses études pour l'aider à déménager. Il va maintenant revenir chez nous pour un dernier stage à Marseille avant l'obtention, en septembre prochain de son dipôme définitif d'ingénieur géologue. Et avant-hier, alors que je me promenais dans la forêt de Haye, j'ai écrit ce nouveau poème pour lui souhaiter à nouveau bonne chance. Il s'agit d'un poème à forme fixe dont j'ai inventé la structure : inspiré du sonnet, il se compose de deux strophes de cinq vers aux rimes croisées identiques, suivis d'un quatrain et d'un tercet, les deux dernières rimes du tercet étant plates, les cinq précédentes étant croisées.

    Les vers sont toujours écrits en alexandrins. Je ne sais pas comment appeler ce genre de poème ; peut-être tout simplement un 5543 !

 

LE CIEL SE MERITE

(Pour Rémi)

 

Tu vas quitter bientôt la terre de Lorraine

Où tu auras vécu ces dernières années,

Studieuses, sans doute, et cependant sereines,

Préparant patiemment les beaux fruits à glaner

Pour semer le bon grain, tenant ferme les rênes.

 

Tu as poussé ton soc d'un effort obstiné,

La vie t'accordera des délices pérennes

Car la chance sourit aux natures bien nées.

Tu t'es dressé vainqueur au-dessus de l'arène,

Sois fier : ces lauriers-là, tu les as bien gagnés !

 

Cette gloire, tu ne la dois qu'à ton mérite ;

Tu as vaincu tout seul, par ta seule énergie,

Et si tu t'es hissé au milieu des élites,

C'est de la volonté du Bon Dieu qu'il s'agit.

 

Le Seigneur reste sourd aux dévots hypocrites,

Mais reconnaît toujours le courage discret

En lisant dans le fond des coeur les plus secrets.

 

(Bois du Chêne-le-Loup, près de Vandoeuvre-lès-Nancy, le 19 mars 2012)

 

Et puis, pour changer un peu, voici un "haiku acrostiche" composé la veille, sur la route, après avoir vu un SDF qui cheminait en sifflotant dans les rues de Dijon...

 

Sans un sou, sans abri,

Dans mes rêveries,

Flâne mon coeur meurtri.

 

(Dijon, le 18 mars 2012)

Par Vieux Loup
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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 09:30

IMGP1922.JPGLe week-end dernier, nous fêtions les trente ans de Charles.

    C'est un bel âge, 30 ans, peut-être le plus beau de la vie ; la maturité, la force de l'âge et la jeunesse réunies. C'est en tout cas l'âge auquel j'aimerais revenir, s'il était possible de faire le trajet inverse. Avec ce que je sais maintenant de la vie, bien sûr, pour éviter un certain nombre d'erreurs !

    Pourtant, lorsque j'ai eu 30 ans, je n'ai pas sauté de joie. J'avais le sentiment de sortir définitivement des années magiques des 20 ans, même si ce ne sont pas toujours les meilleures ! De toutes façons, je n'ai jamais bien vécu les dizaines "impaires". A 50 ans j'avais le moral en berne et je n'ai pas fêté cet anniversaire, et je redoute particulièrement les 70... mais n'anticipons pas !

    Charles en tout cas, avait l'air heureux et en forme. Son engagement dans la marine a été prolongé de cinq ans, laissant un peu de place à une bouffée d'optimisme et c'était-là une autre raison de festoyer.

    Dans la soirée, j'ai donc écrit ce petit poème, dont la structure est fortement inspirée du "zadjal", une forme poétique médiévale arabo-andalouse, très en vogue à cette époque dans la région espagnole d'Al-Andalus.

 

A TRENTE ANS

 

A trente ans

la vie n'est qu'en son printemps

elle brûle dans tes veines

et le jour se lève à peine

sur l'avenir qui t'entraîne

vers des lendemains chantants.

A trente ans

la vie n'est qu'en son printemps

encor peu de souvenances

mais des années d'espérance

et des rêves de jouvence

par un soleil éclatant.

A trente ans

la vie n'est qu'en son printemps.

 

(Peyrolles-en-Provence, le 1er avril 2012)

 

    Le poème suivant est un virelai assez singulier. Particulièrement vindicatif, alors que cette forme poétique a le plus souvent chanté l'amour et la beauté, il s'en prend à notre ménagerie politique dont le spectacle, en cette période de campagne électorale, me consterne et me révolte en même temps. Mais il ne faut voir dans ce texte qu'un simple jeu poétique, un pur défoulement verbal, sans aucun message particulier, car le message serait bien creux ! Dans ces lignes, à la hauteur - si l'on peut dire ! - des discours de nombre de nos édiles, j'ai retrouvé les accents de certains de mes poèmes de jeunesse, dont il est de la même veine.

     Et que l'on me pardonne l'exécrable jeu de mots de son titre, mais je n'ai pas pu m'en empêcher !

 

VIRE-LES !

 

Renvoie ces chiens et vils politicards

Et conduis-les sans faiblesse à la porte,

Dans l'oubliette, au rebut, au placard,

Et qu'à jamais le diable les emporte !

 

Chasse-les tous, les censeurs, les flicards,

Qu'ils soient de droite ou de gauche, qu'importe :

Ils savent tous faire le grand écart

Si l'ambition l'exige de la sorte.

 

Tous les cinq ans ils te fixent rencard

Avec des mots, des promesses accortes,

Mais toi, manant, misérable smicard,

Fous-les dehors, sans honneurs ni escorte,

Et qu'à jamais le diable les emporte !

 

Suppôts du fric, des puissants, des frocards,

Menteurs, rampant comme infâmes cloportes,

Par tromperies ou par discours ringards,

Et des serments qui seront lettres mortes,

 

Leur baratin t'aguiche sans égards.

Mais reste sourd à ces voix qui t'exhortent,

Jette-les donc comme mauvais tocards,

Eux, leurs valets et toutes leurs cohortes,

Et qu'à jamais le diable les emporte !

 

(Commis impunément à Peyrolles-en-Provence le 4 avril 2012)





 



Par Vieux Loup
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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 14:27

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Aujourd'hui, voici deux poèmes très différents dans leur forme et dans leur contenu. Le premier est inspiré du "ghazal", une forme poétique d'origine persane, mais que l'on trouve aussi en Afghanistan, en langues pashtou et ourdou. La structure en est assez complexe : formée de dystiques où l'on joue avec les sonorités, le second vers de chaque dystique se termine par un écho reprenant les derniers mots et/ou les sons de ce vers.

Les vers peuvent être des octosyllabes, des décasyllabes ou des alexandrins, et à l'origine il s'agissait de poèmes galants, voire érotiques, d'où ce nom de "ghazal" qui signifie "gazelle" nom que l'on donne volontiers aux femmes en orient.

Le texte qui suit est un simple jeu sans prétention sur ce modèle.

 

MIRAGE

 

J'ai croisé son regard par hasard dans la rue

Et elle m'a souri, je ne l'aurais pas cru - ni espéré non plus !

 

Alors je l'ai suivie dans sa vie, à distance,

En appliquant mes pas à garder sa cadence - sans entrer dans la danse...

 

Je l'ai suivie des jours, toujours à pas de loup,

Et j'ai marché le nez dans un songe jaloux - dans un songe chelou !

 

Je l'ai guettée des nuits d'ennui et d'inquiétude

Pour peupler mon cafard d'ombre et de solitude - d'ombre et d'incertitude...

 

Je n'ai jamais osé courtiser, et tant pis,

J'ai promené mon coeur sans rancoeur ni dépit - ni dépit, ni répit !

 

Je l'ai juste épiée, des pieds jusqu'à la tête

Et senti autour d'elle un parfum qui s'entête - qui a dit "tête à tête" ?

 

Je l'imaginais nue, ingénue ou catin,

Ou simplement vêtue de dessous de satin - de deux sous de dédain...

 

Et dans mes rêves flous et fous d'idéaliste

Je la faisais danser sur des airs fantaisistes - déserts glacés et tristes...

 

Mais je suis retombé, trompé, dans ma douleur,

Vautré dans les regrets de mes jours sans couleurs - sans couleurs et sans pleurs.

 

Alors j'ai dit adieu - et Dieu, quelle souffrance !

A ce rêve menteur pour retrouver l'errance - trouver la délivrance.

 

(Peyrolles-en-Provence, le 6 avril 2012)

 

Le texte suivant m'a été inspiré par un de ces mots d'enfant, souvent extraordinairement poétiques, qu'ils sont capables de nous sortir aux moments les plus inattendus.

Un jour que je revenais d'Arles en voiture avec ma fille Magali et mes petits-enfants, Matéo, le second, alors que nous passions près d'Alleins devant une rangée de pins tous taillés de la même manière - par l'homme ou par la nature ? - s'est écrié avec beaucoup de sincérité : "Oh, des brocolis !"

Cette réflexion nous a beaucoup amusés, mais il est vrai que la forme de ces pins rappelait étrangement cette plante potagère !

 

LA FORÊT DE BROCOLIS

(A Matéo)

 

On voit des choses bien étranges

Avec le regard d'un enfant

Qui folâtre le nez au vent.

 

On peut voir les ailes des anges

Sur un nuage dans le ciel

Battre avec celles des abeilles ;

 

On peut chevaucher des corneilles

Ou des chevaux immatériels

A travers le temps et l'espace.

 

On peut croiser un scarabée

Qui parle, et rester bouche bée

Devant un clin d'oeil de limace.

 

Sur le dos d'une fourmi-lion

On s'en va chasser les gazelles

Que l'on prend pour des demoiselles...

 

A moins qu'un vol de papillon

Nous mène chez la fée Clochette

Ou chez la Belle-au-Bois-Dormant.

 

Dans les allées du firmament

Tous les enfants sont des poètes,

Il n'est chez eux nulle folie :

 

D'une rangée de pins commune

Ils font, souriant  à la lune,

Une forêt de brocolis !

 

(Peyrolles-en-Provence, le 22 avril 2012)


 


Par Vieux Loup
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 13:41

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Les petites "nouvelles" que je m'amuse parfois à écrire me sont souvent inspirées par de menus évènements de la vie quotidienne, d'une parfaite insignifiance la plupart du temps, mais que mon imagination délirante a tôt fait de récupérer, enjoliver et amplifier pour en faire ces courts récits à caractère souvent un peu fantastique.

    Celui que j'ai commis hier est venu d'une discussion tout à fait anodine que j'ai eu vendredi dernier avec mon fils Rémi au cours du repas du soir. Comme je lui disais - je ne sais plus pourquoi la discussion était tombée sur ce sujet - que je ne savais plus ce que j'avais fait de ma "carte vitale" et que j'avais déjà égaré celle-ci deux fois, il s'exclama, horrifié, avec cet humour très particulier, volontiers absurde qui est le sien : "Mais c'est très grave ! Cette carte, elle est VITALE ! Il faut la retrouver tout de suite !"

    Sa réflexion m'a beaucoup amusé et je me suis dit aussitôt qu'il pouvait y avoir là matière à quelque "méfait littéraire" auquel il faudrait que je réfléchisse.

     Et finalement, j'ai écrit cette petite nouvelle qui se situe dans un lointain futur, dans une société assez inquiétante. Les noms de lieux et de personnes que j'ai donnés dans ce récit n'ont pas été choisis par hasard. Ils ont tous une signification précise que je laisse à l'éventuel lecteur le soin de découvrir, pour peu qu'il soit assez oisif  pour effectuer les recherches. La signification de certains noms, toutefois, est assez limpide.

     En route donc pour un saut dans quelques siècles à venir... Mais ne soyons pas trop pressés d'y arriver, car les règles de cette société future ne semblent pas très drôles, tout de même !

 

CARTE VITALE

 

    Joe MacSeol venait d'avoir vingt-cinq ans. C'était l'âge de la majorité dans l'Empire de Calafia où l'espérance de vie atteignait 138 ans en cette fin du XXVIIIème siècle.

    Il ne s'agissait cependant bien que d'une pure espérance fondée sur d'aussi pures probabilités mathématiques, car passés les quatre-vingts ans, le Bureau national de Planification de la Vie vous faisait proprement et discrètement disparaître si par malheur vous n'étiez plus productif.

    Car il faut bien comprendre que malgré sa grande bienveillance, l'Empire ne pouvait pas se permettre de payer une retraite avant 110 ans révolus, soit 80 ans de cotisation,

les Calafiens enrant rarement dans la vie active avant trente ans.

 

    Mais pour l'heure, Joe était bien loin de ces considérations. Il lui restait encore au moins six à huit ans d'études avant de décrocher son diplôme d'Ingénieur en Astrophysique et obtenir un poste sur Eridania ou Phaéton, l'une des exoplanètes conquises par l'Empire dans la constellation du Cygne quelque deux siècles auparavant. C'étaient là des postes recherchés, prestigieux et grassement payés.

    Il sortait juste des services de la Planification de la Vie situés au 666 de la 7ème Avenue de Ghostangels, la capitale administrative de l'Empire, où l'on venait de lui remettre la précieuse Carte Vitale de couleur verte - symbole de l'Espérance de Vie - qui faisait de vous un être responsable, et sur laquelle figurait une quantité considérable d'informations concernant votre santé, mais aussi votre type caractériel, vos goûts, vos aptitudes générales, vos penchants, vos travers, vos phobies, votre orientation sexuelle, ainsi que votre traçabilité génétique jusqu'à la 4ème génération aussi bien du côté maternel que paternel.

   Bref, toutes choses extrêmement utiles pour une utilisation optimale des Ressources Humaines à laquelle un Etat digne de ce nom se devait de veiller.

 

    Cette carte contenait aussi votre Permis de Vivre, crédité de 100 points au jour de votre majorité. En fonction des infractions et délits que vous étiez susceptible de commettre au cours de votre vie d'adulte, on vous retirait un certain nombre de points, selon un barème rigoureusement établi : cela pouvait aller d'un point pour des infractions mineures jusqu'à 99 points pour un meutre sans circonstances atténuantes. Autant dire que dans ce dernier cas, le meurtrier ne pouvait plus se permettre la moindre incartade, faute de quoi il était envoyé séance tenant au Tunnel de Désintégration, appareil qui ressemblait à un scanner des temps anciens, dans lequel on le désintégrait en quelques nanosecondes. C'était propre, indolore et sans bavures.

    Ce système élaboré remplaçait avantageusement l'obsolète "Casier Judiciaire". A Calafia, on ne disait d'ailleurs pas "avoir un casier judiciaire vierge", mais "avoir son compte", pour signifier que votre Permis de Vivre comportait son maximum de points.

Le retrait de points pouvait en outre être assorti d'amendes, généralement salées, ou de "peines d'intérêt public", doux euphémisme pour qualifier les travaux forcés.

 

    Quelques heures auparavant, Joe s'était vu greffer une  minuscule puce électronique à la base postérieure du cou, qui contenait elle aussi toutes les informations contenues dans la Carte Vitale, ainsi qu'un système de spatiolocalisation sophistiqué qui permettait de toujours savoir où vous vous trouviez, quel que fût l'endroit de l'univers connu.

    Cette puce évitait aussi toute utilisation frauduleuse de votre Carte Vitale et avait aussi, semblait-il, d'autres fonctions assez mystérieuses dont le commun se préoccupait peu.

 

    Lorsque l'employée des Services de Planification de la Vie, une jeune femme accorte d'une soixantaine d'années, lui remit la précieuse carte, elle lui fit remplir plusieurs formulaires informatisés - l'habitude de la bureaucratie était encore bien vivace dans les administrations de l'Empire -, débita de son compte en banque la TVA ("Taxe à la Valeur des Années", en fait un impôt sur l'accession à la majorité),  et lui fit un certain nombre de recommandations qu'elle jugeait de la plus haute importance :

    "Master McSeol - c'est ainsi que l'on s'appelait à Calafia dès que l'on avait atteint  sa majorité - je vous engage à prendre le plus grand soin de votre Carte Vitale. Il n'en existe aucun double et vous ne devez jamais vous en séparer, ni vous en éloigner de plus de trois mètres, distance maximale de liaison avec votre puce électronique, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit. Si par malheur vous veniez à l'égarer ou à la perdre, vous auriez quarante-huit heures, pas une seconde de plus, pour vous présenter en personne au Bureau de la Seconde Chance (3ème étage à gauche) où l'on vous en fabriquerait une autre enquelques heures. Mais j'insiste sur le fait que cette opération se ferait entièrement à vos frais, et que l'on ne pourrait jamais vous délivrer une troisième carte.

    Alors soyez vigilant, Master McSeol, car sans votre Carte Vitale, vous n'êtes rien. Je dis bien : Rien, Master McSeol !"

 

    Joe remercia et salua l'employée qui lui sourit aimablement malgré le caractère assez inquiétant de ses recommandations et, glissant la précieuse carte dans son portefeuille qu'il mit aussitôt dans la poche intérieure de son veston, il sortit dans la 7ème Avenue et se dirigea immédiatement vers un petit pub pour fêter dignement son entrée dans la vie adulte devant un "Cocktail Molotov", une boisson d'origine obscure mais dont la teneur en alcool pur était censée réveiller les morts !

    Il fallait en profiter, car jusqu'à ce jour, il n'avait pas eu le droit de se faire servir, ou même de consommer en public ou en privé la moindre boisson alcoolisée. On ne badinait pas avec la santé des jeunes dans l'Empire paternaliste de Calafia !

 

    Il rentra chez lui complètement saoul. Heureusement il ne croisa aucune patrouille de la Police des Bonnes Moeurs qui l'aurait sur-le-champ menotté, conduit en cellule de dégrisement pour le libérer le lendemain contre une sévère amende et un point de moins sur son Permis de Vivre. Et quelques bonnes baffes.

    Il en fut quitte pour une belle gueule de bois le lendemain et dut subir les sarcasmes discrets de ses condisciples de l'Ecole Préparatoire d'Astrophysique "Saul Pearlmutter", un Prix Nobel quelque peu oublié des temps antédiluviens de l'astrophysique.

 

°°°°°

 

    Sept ans plus tard, à la fin du mois de juin, Joe obtenait brilamment son diplôme d'ingénieur et, après trois semaines de vacances bien méritées, était nommé à titre provisoire sur Mars, à Arestown. Ce n'était pas aussi prestigieux que Phaéton, mais c'était un bon début. 

     Il passa trois années terrestres là-bas, puis demanda sa mutation pour Eridana car il supportait mal le climat martien. En attendant la réponse du Mouvement Intergalactique, il prit le premier spatiojet en partance pour la Terre où il s'offrit quelques jours de détente dans un paradis touristique de la côte est du Yucatan.

     Il séjournait dans un somptueux hôtel, sa qualité d'ingénieur en astrophysique, célibataire de surcroît, lui assurant de confortables revenus. Tous les jours, toutes sortes d'activités et d'animations étaient proposées à la clientèle et, voyant que l'on organisait le surlendemain une grande randonnée dans la forêt environnante, Joe décida de s'y inscrire.

 

    C'est ainsi que deux jours plus tard, solidement équipé, Joe partait de bon matin avec un petit groupe d'une dizaine de personnes encadrées par un guide local sur les sentiers sauvages de la jungle du Yucatan.

   C'était une très belle randonnée dans une végétation luxuriante, où l'on rencontrait souvent d'étranges animaux comme le tamandua, le tatou ou le pécari à collier, espèces sévèrement protégé par le gouvernement de la Principauté Néo-Maya. Joe était heureux et se sentait en pleine forme ; il passait une excellente journée.

    Mais vers midi, alors que les excursionnistes traversaient à gué un petit cours d'eau, Joe s'embroncha à un tronc d'arbre mort et, déséquilibré par son sac à dos qui lui passa par-dessus la tête, il s'affala dans un profond trou d'eau encombré de vase.

     Il se releva dégoulinant d'un liquide nauséabond, repêcha son sac complètement trempé et, jurant comme un damné, regagna la berge sous les rires et les quolibets de ses compagnons.

     Joe faisait un peu la gueule. Au moment de la pause-déjeuner, il se mit en slip de bain pour faire sécher ses vêtements et sortit toutes ses affaires de son sac à dos pour les faire sécher au soleil.

     C'est alors qu'il se rendit compte qu'il n'avait plus son portefeuille.

 

   Il se mit alors à fouiller le fond et toutes les poches de son sac à dos, à retourner tous ses vêtements et à ratisser les alentours à la recherche de son portefeuille. En vain.

    Outre la disparition de sa carte de crédit, de quelques jetons d'échange (il y avait belle lurette que les billets de banque n'existaient plus), de son permis de piloter et de quelques documents de moindre importance, il était fortement préocuupé par la perte de sa Carte Vitale.

     Il demanda au guide de le reconduire à la rivière où il était tombé, celle-ci se trouvant à peu de distance, pour voir si son portefeuille ne se trouvait pas sur sa rive ou au fond de l'eau, car il avait pu tomber d'une poche au moment où le sac avait basculé au-dessus de sa tête.

    Le guide, recommandant au groupe de ne pas quitter sa place, raccompagna Joe d'assez mauvaise grâce jusqu'au cours d'eau en question.

    Joe fouilla les berges et le fond de celui-ci pendant plus d'une heure sans résultat. Il était évident que son portefeuille n'était pas là et, comme il fallait bien rentrer à l'hôtel, ils rejoignirent leur groupe et prirent rapidement le chemin du retour.

 

    Tout en marchant, Joe se disait qu'après tout, il avait pu laisser son portefeuille dans sa chambre d'hôtel le matin, car l'excursion avait été payée d'avance et il n'avait nul besoin - à part la sacro-sainte Carte Vitale - de l'avoir sur lui au cours de la randonnée. D'ailleurs, il ne se souvenait pas du tout d'avoir mis son portefueille dans son sac à dos ou dans une des poches de ses vêtements.

    Vaguement rassuré, Joe essayait de se convaincre que la séparation momentanée de sa Carte Vitale n'était pas si grave que ça et qu'elle passerait peut-être inaperçue. Au pire il risquerait une amende et peut-être le retrait d'un ou deux points de son Permis de Vivre. mais comme il "avait son compte", la chose n'était pas trop grave.

   On pouvait d'ailleurs, pour des infractions et délits mineurs récupérer la totalité ou une partie de ses points moyennant finances et après participation à un "stage de civisme".

 

    A dix-sept heures trente, de retour à l'hôtel, il monta rapidement dans sa chambre, espérant retrouver son bien sur le lit, la table de chevet, ou dans quelque armoire ou vêtement qu'il aurait pu laisser là.

    Mais au bout de trois quarts d'heure de recherches infructueuses, il lui falut de nouveau se rendre à l'évidence : le portefeuille n'était pas dans la chambre.

    Sentant maintenant une sourde inquiétude l'envahir, Joe se rendit au bar, à la piscine, au bowling, lieux où il se souvenait d'être passé la veille, toujours sans résultat. Il se dit alors que l'affaire devenait sérieuse avec la perte de sa Carte Vitale. Il résolut donc de contacter immédiatement les services de Planification de la Vie de Ghostangels pour les informer de la perte de ce précieux document. mais il tomba sur une messagerie enregistrée où une voix féminine suave lui signifiait  qu'il ne lui restait plus que... vingt-cinq minutes et douze secondes pour retrouver sa carte !

 

    Joe sentit une sueur glacée lui parcourir le dos. Il fallait donc qu'il eût perdu son portefeuille depuis plus longtemps qu'il ne l'imaginait ! Il eut cependant un sursaut d'espoir en se disant que lorsqu'il avait payé son excursion en forêt, son portefeuille était encore en sa possession. Il se précipita donc vers la réception de l'hôtel où sa réservation de sa randonnée avait été faite près de quarante-huit heures auparavant.

   Peine perdue ! On lui confirma qu'il avait bien réglé la somme de 186 stellars par carte bancaire l'avant-veille, mais personne n'avait récupéré son portefeuille que l'on se serait d'ailleurs empressé, affirmait le réceptionniste d'un air compassé, de lui restituer.

    Maintenant complètement affolé, Joe se mit à courir partout. Il fit passer une annonce vocale dans l'hôtel et dans tout le complexe touristique, promit une récompense somptueuse à quiconque lui rapporterait son portefeuille et sa Carte Vitale et regardait sa cesse sa montre où les minutes défilaient à la vitesse de la lumière !

 

    Lorsque le délai fatidique fut atteint, puis dépassé, Joe ressentit une sorte de soulagement résigné. Il ne se passait rien. Peut-être qu'un "délai de grâce" était prévu dans ce genre de situation et il décida de monter dans sa chambre pour envoyer un courrier électronique à la Planification de la Vie pour leur dire qu'il se rendrait le lendemain dès le premier vol  à Ghostangels pour régulariser sa situation.

     En se dirigeant à grands pas vers l'ascenseur, il croisa Rubén, le guide qui les aavait accompagnés dans leur randonnée en forêt. Il le salua et lui dit avec un peu d'excitation dans la voix que tout allait bien, et que les choses allaient bientôt rentrer dans l'ordre.

     Mais Rubén ne lui répondit pas etpassa son chemin comme si de rien n'était. Joe en fut un peu interloqué et resta un instant bouche bée, puis il haussa les épaules et se précipita dans l'ascenseur.

 

    Arrivé dans sa chambre, il s'installa devant son ordinateur portable et se mit à dicter son message pour les services de Planification de la Vie. Mais il ne voyait aucun texte apparaître sur l'écran et commençait à ressentir devant celui-ci un étrange malaise. Il se dit qu'il y avait peut-être un dysfonctionnement de son "clavier" vocal  ou un problème de saturation des réseaux et se dirigea vers le lit où il avait posé son téléphone portable universel au moyen duquel il pouvait aussi envoyer des messages électroniques.

    Mais ce faisant, il passa devant la grande armoire dont la porte centrale était ornée d'un magnifique miroir, et une terreur sans nom le saisit devant ce qu'il découvrit alors.

 

    Il ne voyait pas le moindre reflet de sa personne dans le miroir, rien.

    Alors Joe comprit qu'il était entré dans le néant.

 

(Peyrolles-en-Provence, le 6 mai 2012)


 

 

    Et, pour conclure après cette étrange histoire, voici un haiku qui m'a été inspiré par les récentes élections présidentielles. Je suis un peu désabusé après leur résultat car, bien que mes convictions penchent très nettement à gauche, je crains fort que notre vie quotidienne ne s'en trouve guère changée. Car je doute que nos hommes politiques, quels qu'ils soient, aient réellement la volonté de s'en prendre aux puissance de l'argent qui dominent le monde.

Mais cette réflexion n'engage que moi, alors...

Un espoir de rose

pour mois de mai morose ?

Je doute de la chose...

 

(Sommet de Concors, entre Jouques et Peyrolles, le 7 mai 2012)

 



Par Vieux Loup
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 10:45

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Voie "La Mémoire des Pierres" à Vallouise...

 

 

 

Je rentre d'un petit séjour à Ailefroide avec mes deux fils Charles et Rémi, à l'occasion du week-end de l'Ascension.

    Nous n'avons guère été  gâtés par les conditions météorologiques, mais nous avons tout de même passé un bon moment dans ce petit coin de montagne que nous aimons beaucoup, chargés de nombreux souvenirs.

    Jeudi a été la meilleure journée et nous avons pu grimper quelques heures à L'Argentière-la-Bessée, au rocher de l'Horloge. L'une des voies que nous avons gravie s'appelle "La Mémoire des Pierres", et ce nom très poétique n'a pas manqué de m'inspirer ce petit poème de construction inhabituelle, avec des vers alternativement  

décroissants et croissants de 11 à 6 pieds. Je l'ai rédigé dans un bar de Vallouise, après notre séance de grimpe.

 

LA MEMOIRE DES PIERRES

 

En ont-elles vu passer des caravanes

Sous tous les ciels d'orage et de beau temps !

Et combien d'hivers et de printemps,

D'ombres, de lumières diaphanes

Se sont dissous sous le front

Glacé de leurs surplombs !

 

La mémoire des pierres

Ressemble à l'éternité

Et se moque des vanités

Oubliées, jetées au cimetière

De nos défis insensés de mortels

Et des rêves sacrifiés sur nos autels.

 

Les jours s'enfuient, mais les pierres en silence

Voudraient rêver, et peut-être mourir,

Aimer, sentir et, qui sait, souffrir...

Prétendre enfin à l'espérance,

Mais immuables ici-bas,

Les pierres n'oublient pas.

 

(Vallouise, le 18 mai 2012)

 

Et pour changer complètement de tonalité, voici un petit texte guilleret écrit il y a plus de cinq ans, une petite ode espiègle, mais honni soit qui mal y pense !

 

ODELETTE GUILLERETTE

 

J'aime son joli minois,

Son sourire,

Ses yeux fripons et sa voix

Me chavirent !

 

J'aime ses petits tétons,

Sa peau douce

Sous la soie de son jupon

Que je trousse !

 

J'aime ses jambes jolies

Et ses cuisses,

Et je voudrais qu'en son lit

Je périsse !

 

J'aime sa chute de reins

Et ses fesses,

Comme tout ce que j'étreins

Et caresse !

 

Je ne vous en dis pas plus

Car le reste

Pourrait vous paraître cru

Et bien leste !

 

(Peyrolles-en-Provence, le 9 février 2007)

 


 


Par Vieux Loup
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