Lundi 28 avril 2008
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Le "Sentier des
Cantilènes" est le titre de mon premier recueil de poèmes, publié en mars 2006 aux éditions Amalthée.
C'est aussi le nom d'un très bel itinéraire de la Montagne Sainte-Victoire dont je parcours régulièrement les
chemins - et celui-ci en particulier.
Le nom très poétique de ce sentier aérien m'a toujours fasciné.
L'acrostiche qui suit servira d'introduction à ce "Coin de Toile", comme le dit fort joliment mon cousin
Raymond !
BIENVENUS AU ROYAUME !
Le sentier dont je parle est un balcon sublime
Et pour le parcourir il faut dompter l'abîme.
Si tu as su garder un peu de ton enfance,
Ecoute simplement ce que Sainte-Victoire
Ne te dira qu'en mots de pierre et de silence.
Tu partiras alors pour d'autres territoires
Improbables et clairs comme des nuits d'été
Et sous l'aile du vent ouvriras l'écritoire
Renfermant de très vieux secrets d'éternité.
Demande-leur alors de guider ton voyage
Et accoste humblement sur ces nouveaux rivages,
Souris, et laisse-toi porter dans leur sillage...
Chaque porte entrouverte apporte son mystère :
A l'orée de ce monde étrange et merveilleux
N'entre que si ton coeur est pur et si tes yeux
T'ont gardé la fraîcheur d'une âme simple et claire.
Il te sera permis de contempler vraiment
L'univers éthéré où les dieux se prélassent
Et voguer hors du temps, et traverser l'espace
Nimbé d'or et d'argent au vent du firmament ;
En ton divin royaume où pousse l'ambroisie,
Ses terres infinies ont pour nom : Poésie !
(Peyrolles-en-Provence, février 2005)
Marcel Orengo
AVERTISSEMENT : Quelques textes - assez peu nombreux - ne conviennent pas à de jeunes
lecteurs !
Dans ce cas, je le signale par un astérisque à droite du titre de
l'article.
Par Vieux Loup
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Mardi 13 mai 2008
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17:04
Ce début du mois de mai me rappelle bien des souvenirs... Tandis que j'écoute "Le Temps des Cerises", l'ancien soixante-huitard que je suis se laisse aller à une douce
nostalgie.
Et tandis que les dernières mesures de la chanson s'éteignent dans le silence, je vous livre ce texte un peu désabusé...
MAIS...
Sur les chemins du mois de mai
Nous avons laissé des sourires,
Et nos espoirs à tout jamais
Hurlent des tourments de martyres.
Sous les drapeaux rouges et noirs
Nous chantions l'Internationale,
Nous avons cru au dernier soir
En ces précoces saturnales...
Nous avons brandi l'étendard
De notre rebelle insolence
Et craché sans aucun égard
Sur les bourgeoises convenances.
Par les chemins du mois de mai
Nous avons cueilli des chimères :
Qu'y poussera-t-il désormais
A l'ombre des heures amères ?
Nous n'avons pas, sous les pavés,
Trouvé la plage, et le silence
Sur nos illusions entravées
Etend sa triste somnolence.
L'espérance s'est consumée
Au feu ardent de la jeunesse
Sur les chemins du mois de mai
Au bord d'une voie de détresse...
Mais le printemps refleurira :
Ce n'est pas la fin de l'Histoire.
Un de ces matins chantera
Une aurore jubilatoire
Sur les chemins du mois de mai.
Demain nous cueillerons sans doute
Les joies que le rêve permet
De semer le long de la route...
(Peyrolles-en-Provence, le 9 mai 2008)
Poème inédit
Et puis d'autres souvenirs frappent à ma porte : celles et ceux qui ont eu entre 15 et 20 ans en
1968 se souviendront peut-être de ces chansons qui ont rythmé l'été de cette année là. Pour moi, ces airs évoquent de bien tendres instants...
LES FLEURS DU MOIS DE MAI
Que sont donc devenues les fleurs du mois de mai
?
Nous les avons cueillies "au nom de la jeunesse"
Que chantait Aznavour en ces jours de promesses,
Mais le temps les a flétries, hélas, à jamais...
Je suis allé souvent "siffler sur la colline"
Pour attendre dans la candeur de mes seize ans
Le présent
De quelques paroles câlines...
J'ai attendu un mois - toute une éternité ! -
A errer entre deux mirages
Et en écoutant de la plage
Monter le doux refrain de la "Valse d'été" ;
J'espérais que le crépuscule
La course du temps suspendît
Quand nous jouions à "Jacques a dit",
Mais il n'a jamais dit que les heures reculent !
Tu étais belle et j'étais sot,
Et j'ai failli noyer mes peines
Dans l'eau claire du "vieux ruisseau".
L'été s'est envolé en passant comme un charme
Il m'a coûté des nuits de veille et de tourments,
De doux regards, de faux serments,
Et des larmes.
Mais que sont devenues les fleurs du mois de mai ?
Tu les as oubliées, ainsi que nos sourires,
Nos illusions perdues sur les jours qui s'étirent
Et "la canzone che ti parlera di me"...
(Peyrolles-en-Provence, le 5 janvier 2008. A Solange G..., qui ne lira probablement jamais ce poème)
Poème inédit
Enfin, je vais terminer pour aujourd'hui cette "séquence nostalgie" en dédiant
ce dernier poème à tous les rescapés des
SEVENTIES
Je ne sais pas vraiment si la vie était belle
Au temps de nos vingt ans... mais nous avions vingt ans !
L'on s'amusait de peu, vivant de l'air du temps,
Nos cheveux étaient longs et nos mèches rebelles...
Nous entrions confiants dans une ère nouvelle
En emportant un peu des sourires d'antan ;
Nous traînions dans les rues de l'automne au printemps
En remettant notre âme à toutes les chapelles.
Nous avons survécu à nos incertitudes
En ajustant nos pas dans les pas du Progrès,
Nous faufilant parmi bien des vicissitudes.
Cette vie nous a fait ce qu'aujourd'hui nous sommes ;
Nous n'en sommes pas fiers mais n'avons nul regret :
Nous sommes devenus tout simplement des hommes...
(Peyrolles-en-Provence, le 14 janvier 2006. En me disant que le vrai poète est celui qui sait garder sur les choses un regard d'enfant, et qu'on
a l'âge de ses illusions.)
Ce dernier poème est extrait d'"Alchimies" un recueil de 162 textes publiés à la Société des Ecrivains en janvier 2008. C'est mon deuxième
recueil ; le premier s'intitule "Le Sentier des Cantilènes" et a été publié aux éditions Amalthée en mars 2006. Il est à ce jour malheureusement épuisé.
Marcel ORENGO
Par Marcel Orengo
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Jeudi 15 mai 2008
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09:24
Toujours dans la séquence "nostalgie", voici aujourd'hui deux textes écrits en mai 1969. J'avais alors dix-sept ans et ce sont les deux premiers que
j'ai écrits... Du moins les premiers dont j'ai retrouvé la trace.
LEITMOTIV
Contre la nuit souffle le vent,
Les noirs
cyprès courbent la tête,
Dans le lointain le train halète
Et la fumée qui se répand
Un instant me rappelle un parfum de regrets :
Le petit train de Benimaclet.
Je redoute qu'il me poursuive
De l'aurore jusqu'au couchant,
Que dans mon rêve il soit présent
Et que dans la mort il me suive
L'appel désespérant et strident du sifflet
Du petit train de Benimaclet...
Je marche avec un vague espoir
Vers les chemins de mon destin,
Mais d'ailleurs, où sont ces chemins ?
Je ne les vois plus nulle part.
Je veux ouvrir un huis dont j'ai perdu la clé
Sans petit train de Benimaclet.
Mais nous venons de démarrer,
Il me faut savoir où descendre,
Je ne dois surtout pas attendre
Le jour où je déraillerai ;
Je sauterai en marche et lors je m'écrierai :
"Terminus à Benimaclet !"
(Marseille, mai 1969. Ce poème naïf et imparfait a été écrit de retour d'un séjour à Valence (Espagne) dont Benimaclet est une banlieue
éloignée, et il évoque un tendre souvenir de vacances...
Ce texte me fait aussi penser qu'en 1969 quelques trains à vapeur circulaient encore !)
Poème publié dans le recueil "Alchimies" (Ed. Société des Ecrivains, Paris) en janvier 2008.
DEMAIN, JE PARTIRAI...
Ce bruit lointain de houle où hurle la bouée
Qui secoue ma torpeur et m'invite à rêver
Cristallise un instant le plus beau de mes souhaits,
Apportant de la mer des senteurs ravivées
Par le souffle du vent qui chante l'aventure
Sous forme d'un embrun, d'un mât, d'une voilure...
Et je rêve d'un jour où, larguant les amarres,
Laissant derrière moi les matins ennuyeux,
Je partirai au loin, tenant ferme la barre,
Poursuivant l'horizon et, sous le ciel joyeux
Brillant de mille espoirs, les vagues purifiantes
Viendront éclabousser mes randonnées errantes.
Je serai libre enfin sous des soleils radieux,
Bercé par le roulis, réveillé par la brise,
Comme à l'aube des temps sous la voûte des cieux,
Cherchant obstinément quelque terre promise
Et je suivrai sans fin des routes improbables
A travers les secrets de songes ineffables.
Mais déjà le sommeil alourdit mes paupières
Et l'appel des bouées décroît dans le silence ;
Dehors la nuit étend son manteau de chimères
Et sur le plafond blanc des ombres se balancent.
Maintenant, sur la plage humide et désertique,
Seuls s'obstinent encor des reflets sporadiques...
(La Couronne, près de Martigues, mai 1969. Ce poème exprime de façon symbolique les rêves de liberté et
d'indépendance de l'adolescent que j'étais. Je ne me suis jamais guéri du "mal d'adolescence"...)
Poème publié dans "Le Sentier des Cantilènes" (Ed. Amalthée, Nantes) en mars 2006.
Par Marcel Orengo
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Samedi 17 mai 2008
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10:42
C'est peu après avoir terminé l'excellent roman de Michèle Juan i Cortada, "Tres de Mayo", que ce poème s'est imposé à
moi, en hommage a todos los caidos...
TRES DE MAYO, HASTA
SIEMPRE !
Ils étaient nés à Madrid,
A Séville ou Barcelone,
Ou ailleurs : quand l'heure sonne
Peu importe la Patrie.
Ils s'appelaient Manuel,
John, André ou Salvatore,
Ils sont tombés à Teruel,
Badajoz, que sais-je encore ?
Ils avaient des drapeaux noirs,
Rouges, ou couleur d'espoir,
Chantaient l'Internationale
Et mouraient sous les étoiles.
Mais le sang de ceux d'en face
Avait la même couleur
Et les larmes de douleur
Ont laissé les mêmes traces.
L'extravagant Chevalier
Traîne sa triste figure
Sur les tombes par milliers
De l'Ebre à l'Extrémadure :
"Hélas, ils n'avaient pas tort,
Se dit-il, ceux qui sont morts
De buena o mala suerte
En criant viva la muerte !
(Peyrolles-en-Provence, le 3 mai 2007)
Poème idédit.
Et puis ce mois de mai un peu maussade qui traîne depuis deux semaines des jours gris et sombres appelle en moi de nombreux questionnements... D'où viendra la lumière ?
FIAT LUX
Brume...
Nuit...
Des lignes d'horizon qui s'enfuient,
Les heures, les années s'égarent dans l'oubli
Des visages aimés et des rires...
Le temps étire
Ses rêves surpris
D'être encore là malgré l'innocence
A jamais naufragée sur nos désillusions.
Pions ?
Chance ?
Sommes-nous voyageurs de hasard
Sur des sentiers balisés d'errances,
Ou suivons-nous des allées d'espérances
A travers de factices brouillards ?...
L'ombre dévoile
Des soleils cachés
A nos propres regards effarouchés...
Ce n'est que dans la nuit que brillent les étoiles.
(Peyrolles, le 28 mai 2007)
Poème inédit
Alors je vais faire un tour du côté de jadis, à 39 printemps de distance, pour constater que, déjà, je me posais
bien des questions auxquelles je n'ai toujours pas répondu !
L'ESPOIR EST MORT, VIVE L'ESPOIR !
Sur les rochers déserts mon enfance mourait
Et le ciel livide étendait un linceul blanc
Sur les heures fanées aux rires insolents
Où le vent et la mer doucement murmuraient
Que la vie prenait son élan,
Que le futur serait
Etincelant...
Mais qu'espérer demain ? Si au moins j'avais su
Où ce futur radieux pouvait bien me conduire,
Emporter mon enfance en enfer m'aurait plu,
Et mon rêve éperdu, qui pourrait le détruire ?
Mais les espérances déçues,
Mes rêves, mes délires,
Ont disparu.
Aux premiers jours d'hiver ils se sont envolés,
Mon coeur est disloqué comme un jouet cassé
Et les serments d'amour sont au sable effacés
Car trop de vague à l'âme a trop souvent coulé ;
Et je suis las de mon passé,
Même de me saoûler,
Ou d'y penser !
Mais le soleil demain va de nouveau briller
Et me montrer le cap vers d'autres horizons,
En mon coeur brillera un immense brasier
Dont doucement déjà grésillent les tisons,
L'espoir plus fort s'est réveillé,
Le ciel à l'unisson
Va scintiller !
(La Couronne, mai 1969 ; entre les doutes de l'adolescence et l'espoir dans l'avenir...)
(Poè me extrait du "Sentier des Cantilènes". Ed. Amalthée, Nantes)
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Samedi 17 mai 2008
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Le mois de mai n'est pas forcément chez moi synonyme de mélancolie ou de nostalgie révolutionnaire ! Il est parfois associé à d'excellents souvenirs, comme
celui de très agréables randonnées à travers les Cinque Terre, en Italie...
LE GOLFE DES POETES
Entre les citronniers
Et les petits jardins
Soignés
Serpente le chemin.
Des maisons bien cachées,
Sur de raides côteaux
Nichées,
Regardent les bateaux.
Et les voiles graciles
Passent comme des rêves
Fragiles
Dans le soir qui s'achève.
L'or du couchant effleure
Les criques minuscules,
Et pleure
Le chant du crépuscule...
Les hameaux des Cinq Terres
Ecoutent doucement
Se taire
Les derniers bruissements.
Et je vois dans les yeux
Des copains scintiller,
Joyeux,
L'éclat de l'amitié.
Mon âme vagabonde
Entre les citronniers
Et l'onde
Tout au long du sentier...
Et les heures s'écoulent
Tandis qu'au loin halète
La houle
Du Golfe des Poètes...
(Lévanto, Italie, le 7 mai 2005 ; écrit après une journée de randonnée, seul sous ma tente, dans un moment de grande paix intérieure. Le "Golfe des Poètes" est exactement celui de La
Spezia)
Poème extrait du recueil "Alchimies". Ed. La Société des Ecrivains, Paris.
Et comme nous sommes le 17 mai, voici un poème écrit il y a exactement trois ans jour pour jour, où s'exprime, peu après mon retour des Cinque Terre, mon
insatiable soif de vivre...
COURSE-POURSUITE
Le long des chemins de traverse
Je m'en vais où le vent me berce,
Par-dessus l'aile de la nuit
Au-devant du temps qui s'enfuit ;
Et mes errances vagabondes
M'emmènent à travers le monde
Là où mon rêve me conduit,
Au-devant du temps qui s'enfuit.
J'emporte avec moi la jeunesse
Qui est ma seule vraie richesse,
Et quand la peine me poursuit,
Au-devant du temps je m'enfuis...
(Peyrolles-en-Provence, 17 mai 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies")
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Lundi 19 mai 2008
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Je suis un incorrigible vagabond. Avec ma tête et avec mes mollets, j'arpente indéfiniment de nouveaux chemins de traverse. Je suis, dans l'âme, un
nomade...
BIVOUACS SOUS LES ETOILES
Attablés au silence, au flanc de la planète,
Sous le regard du firmament,
Nous voyons onduler les cheveux des comètes
Au gré des vagues et du vent...
Nous buvons au goulot le nectar de la vie
Et dévorons à belles dents
L'immortelle jeunesse aux jeux inassouvis
Au clair d'un éternel printemps.
Nous chantons et rions au nez du temps qui passe
Et nous dansons sur nos années,
Souriant à la mort qui nous suit à la trace
En lui faisant un pied-de-nez !
Le temps suspend un peu son cours inexorable
A la chaleur du feu de camp,
Il y brûle son aile, et les cornes du Diable
S'enfuient devant nos yeux d'enfants ;
Et les flammes qui jouent avec ombre et lumière
Sur nos rêves primesautiers
Eclairent le chemin de notre vie entière
Au grand soleil de l'amitié.
(Ce poème, écrit le 11 mai 2005 à La Palud-sur-Verdon après un très beau bivouac
au-dessus des gorges, est dédié à toutes celles et tous ceux qui au cours de nos escapades diverses, m'ont aidé à garder la jeunesse au coeur...)
Poème extrait du "Sentier
des Cantilènes".
Mais, je voyage aussi dans la quatrième dimension : la poésie permet tout !
PELERINAGE
Nous sommes repartis vers nos jeunes années
En suivant des sentiers envahis d'herbe folles
Le long des souvenirs où les heures s'envolent
Au vent du temps qui passe et des rêves fanés.
Nous y avons guetté les chansons surannées
Emportées à jamais comme des fumerolles
Et regardé danser au lointain les lucioles
Autour de nos vingt ans sur des plages ruinées...
Mais la vie chante clair dans nos coeurs apaisés
Et notre oeil attendri peut enfin se poser
Sur tout ce que jadis a laissé de bonheur ;
Rien ne peut nous voler nos chimères d'été,
Et tandis que le soir descend avec lenteur,
Le temps s'est arrêté au bout de la jetée...
(Peyrolles-en-Provence, le 22 mai 2005, après une petite visite à La Couronne et à Carro, où, avec mon ami Jean-Jacques Vinot, j'ai partagé de grands moments de notre jeunesse).
Poème extrait du recueil "Alchimies".
Enfin, plus loin encore dans le temps - j'avais entre 5 et 10 ans - j'évoque dans ce sonnet un lieu de la campagne
aixoise, du côté du Montaiguet, qui était à cette époque, dans les années soixante, un hâvre de nature totalement vierge. J'y ai passé de merveilleuses vacances qui ressemblaient beaucoup à
celles du petit Pagnol dans "La Gloire de mon Père" ou le "Château de ma Mère"...
LE CABANON
On l'atteignait au bout d'une piste incertaine,
A peine carrossable, et le vieux cabanon,
Tout juste abri sous roche aux airs de Cro-Magnon,
Etait notre Amérique et nos terres lointaines.
Nous y avons rêvé des heures par centaines
Fait de cette tanière un Petit Trianon,
Nous y étions des rois ou, nouveaux Robinsons,
Régnions sur presque rien d'une candeur hautaine.
Et puis de la patience et beaucoup de sueur
En ont fait un logis solide et confortable
Où la joie réchauffait les têtes et les coeurs.
Il est toujours debout, ce Palais vénérable,
Et garde dans ses murs nos souvenirs d'enfants,
Qu'au pied du Montaiguet me murmure le vent...
(Peyrolles-en-Provence, le 16 mai 2008)
Poème inédit.
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Mardi 20 mai 2008
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Hier soir, de gros orages ont éclaté sur notre région. Ces intempéries m'ont inspiré un texte peu optimiste, au regard de
l'actualité en général...
LE TEMPS SE COUVRE...
L'ombre s'étend sur le monde,
Et à grand fracas
Au lointain l'orage gronde...
La vie traîne ses tracas
Au gré des vaines promesses ;
Le Diable entre au Paradis
Malgré prières et messes ;
Dieu danse au bal des maudits,
Au lointain l'orage gronde...
Des reproches et des cris
Montent dans la nuit profonde ;
Sous les gros nuages gris,
Au lointain l'orage gronde...
Il flotte dans l'air du temps
Une odeur nauséabonde ;
C'est l'odeur de l'argent,
Du pouvoir, de la frime :
Devant leur face immonde,
Que peuvent quelques rimes ?
Au lointain l'orage gronde.
(Peyrolles-en-Provence, le 19 mai 2008)
Poème inédit
Mais, pour ne pas rester sur une mauvaise impression, voici, malgré un début qui ne laissait rien présager de bon, quelque
chose de beaucoup plus léger !
DERNIER BULLETIN METEOROLOGIQUE
Attendez-vous demain à des ciels bas et noirs
Accompagnés de pleurs, d'ombre et de désespoir ;
Vous devrez affronter la tourmente et l'orage
Et chercher le soleil au-dessus des nuages.
On prévoit pour ce soir de violents coups de vent
Qui risquent d'emporter vos illusions d'enfant ;
Gardez-vous de rêver les fenêtres ouvertes :
Cette nuit fait l'objet d'un bulletin d'alerte !
Ondées et giboulées, tôt dans la matinée,
Viendront encore un peu vous rire sous le nez,
Mais la dissipation des brumes matinales
Mettra de la lumière aux ombres automnales.
Les dernières entrées maritimes chassées,
Accompagnées d'un ciel de traîne pavoisé,
Seront bientôt suivies d'éclaircies progressives
Qui viendront réchauffer les coeurs à la dérive...
Alors dans la clarté d'azur d'un air léger,
Le soleil brillera sur un ciel dégagé,
Et sous la protection d'un bel anticyclone,
Vous sourirez enfin aux couleurs de l'automne !
(Peyrolles-en-Provence, le 28 novembre 2006)
Poème inédit
Par Vieux Loup
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Jeudi 22 mai 2008
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09:53
De retour d'une très belle randonnée dans les Calanques, la tonalité des textes que je vous invite à partager change quelque peu. Je suis aussi
capable d'un bel optimisme !
SURSUM CORDA !
Le soleil éclatant qui brûle nos collines
Brille aussi dans mon coeur d'une clarté câline,
Il darde ses rayons comme des javelines
Eclairant mon chemin de splendeurs cristallines.
Le ciel céruléen déploie son étendard
Que je suis sur des voies d'ombres et de hasard ;
Je bois dans chaque instant un délicieux nectar
Et m'emportent les jours comme un air de guitare...
Le vent léger du soir berce le temps qui passe
Dans le foisonnement des instants qui s'effacent,
Envolés pour toujours et sans laisser de traces,
Hormis les souvenirs que les rêves pourchassent.
Lorsque survient la nuit, sur un croissant de lune
De douces illusions s'allument une à une
Où chaque étoile montre un chemin de fortune,
Et je m'en vais au gré d'errances opportunes .
Quand l'aurore à nouveau se lève sur ma route
Je nargue d'un regard mes craintes et mes doutes
Et j'avance confiant vers d'ultimes redoutes
Balayant les regrets qui s'enfuient en déroute !
(Peyrolles-en-Provence, le 29 mai 2005)
Poème extrait du "Sentier des Cantilènes".
Et pour confirmer cet état d'esprit, voici un poème guilleret,
extrait d'un recueil actuellement en cours de rédaction que je compte intituler "La marmite du Diable" car il comportera essentiellement des textes espiègles, certains mêmes assez libertins.
Celui-ci est le plus sage de tous : il faut commencer doucement !
BALLADE PRINTANIERE
Lorsque sortent les primevères,
Quand fleurit le muguet joli,
Lorsque l'on immole l'hiver
Et qu'enfin on l'ensevelit
Pour danser avec Lucifer
Sous une pluie de confettis,
Au bord des rêves entrouverts
Le printemps souffle des folies.
Quand sur les cheveux des bergères
Chantent le soleil et la pluie,
Quand les papillons éphémères
S'envolent au vent de l'oubli
Et que les animaux s'affairent
Dans d'étranges charivaris,
Quand le Paradis joue l'Enfer,
Le printemps souffle des folies.
Lorsque rougissent les commères
En écoutant le vent coulis
Gémir dans leurs jupes sévères,
Lorsque des regards attendris
S'échangent sous les réverbères,
Quand sur l'herbe des prés fleuris
Chavirent de douces chimères,
Le printemps souffle des folies.
Belles, sous vos robes légères
Glissent des regards étourdis,
Et dans bien des âmes austères
Le printemps souffle des folies !
(Peyrolles, le 6 avril 2006 ; une ballade est bâtie sur 3 strophes ayant les mêmes rimes et dont le nombre de vers est égal au nombre de pieds (ici, 8 vers de 8 pieds). Elle doit se
terminer par une demi-strophe qu'on appelle "l'envoi" et qui commence, en principe, par une interpellation. Enfin, chaque strophe s'achève par un vers-refrain)
"La Marmite du Diable",
Poème inédit.
Enfin, je ne peux résister au plaisir de vous en redonner un autre, extrait de la même "marmite", et inspiré par une mésaventure survenue à une collègue de travail
que j'avais beaucoup "chambrée" à cette occasion !
Attention : ce texte suggestif est réservé à un public adulte !
C'EST MON PETIT DOIGT QUI ME L'A DIT...
Je me suis coincé le petit doigt
Et ne peux plus jouer du piano,
Comment faire, pauvre de moi,
Pour accompagner la soprano ?
J'ai l'oeil en accent circonflexe
Lorsque je songe à mon malheur,
Mais grâce à Dieu j'ai le bonheur
De me servir encor du majeur,
De me servir encor de l'index !
Ce petit doigt me fait bien souffrir,
Je ne puis coudre ni repasser,
Je vais m'ennuyer à mourir
A guetter ainsi le temps passer,
Et me voilà soudain perplexe
Sur mon clavier d'ordinateur,
Mais je trouve bien du bonheur
Grâce à mon index et mon majeur,
Grâce à mon majeur et mon index !
Mon petit doigt ne sert plus à rien,
Je ne suis plus habile à grand chose
Et il me fait un mal de chien :
De gros effets pour petite cause !
Toute tâche devient complexe
Mais je retrouve de l'ardeur
En me servant avec bonheur
De mon index et de mon majeur,
De mon majeur et de mon index !
C'est mon petit doigt qui me l'a dit :
"Laisse un peu aux autres le turbin,
N'en fais pas une maladie
Et fais donc travailler les copains !
Je ne crois guère que se vexent
Annulaire et pouce d'ailleurs,
Si tu éprouves du bonheur
En te servant bien de ton majeur,
En te servant bien de ton index !
(Peyrolles-en-Provence, le 31 mai 2006...et bien entendu, honni soit qui mal y
pense!)
"La Marmite du Diable", poème inédit
Par Vieux Loup
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Vendredi 23 mai 2008
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HAIKU
Les haïku,
comme chacun sait, sont de petits poèmes d'origine japonaise. Ils n'ont l'air de rien, mais obéissent à des règles strictes et la maîtrise de cet art est difficile !
En langue japonaise, un haïku doit compter 17 pieds au total, comporter un élément de référence à la saison ou à la nature et observer un "principe de détachement", c'est-à-dire que
l'auteur ne se met jamais directement en scène.
Mais comme nous ne sommes pas des Japonais, nous avons adapté le haïku à notre culture et à notre langue.
Le haïku français classique doit lui aussi comporter 17 pieds souvent répartis en 3 vers, et obéit théoriquement aux autres règles du haïku japonais.
Personnellement, je ne respecte pas le principe des 3 vers, mais j'observe celui des 17 pieds, qui est fondamental, et j'y ai introduit une contrainte supplémentaire : les rimes.
J'y utilise aussi parfois des procédés fréquents dans la poésie française, comme l'allitération, l'assonance ; il m'arrive aussi de les combiner avec des acrostiches.
Le haïku est donc une sorte d'instantané poétique, écrit à partir d'un ressenti émotionnel éprouvé dans des circonstances très diverses. La difficulté principale de cette écriture est la
concision qu'elle exige, concision qui doit garder tout son contenu poétique et toute sa charge émotionnelle.
Voici 5 exemples de haïku que j'ai écrits :
Un visage
chéri
est un don de
Dieu
l'adieu
un puits
tari
(Jouques, le 9 mai
2005)
La rivière gronde
au fond des
gorges
profondes
le Styx pousse sa
forge
(Au bord des gorges du Verdon, 11 mai
2005)
Un petit
oiseau
sautillant
pépiant
sur un brin de
roseau
(Peyrolles, 13 mai 2005, pour ma
petite-fille)
Un ciel de
grisaille
et le vent
couleur de
muraille
passe en
rêvant
(Peyrolles, 14 mai 2005)
Bleue
la nuit
passe
en rêves
radieux
et tous les fantômes
s'effacent
(Aix-en-Provence, 14 mai 2005, 23 h
30)
Poèmes
inédits.
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Samedi 24 mai 2008
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24
/05
/Mai
/2008
17:43
Demain c'est la Fête des Mères. Ce poème est pour celle de mes enfants ; aucun cadeau ne vaudra jamais celui qu'elle m'a fait
en les mettant au monde.
AD VITAM AETERNAM
Au cours de tant d'années je t'ai vu supporter
Mes moments de colère et surtout mon absence,
Et je n'ai jamais pris le temps de t'écouter
Ni de te dire ce que toute une existence
Tu aurais tant aimé m'entendre prononcer...
Tu as accompagné mes joies et mes douleurs
Et je n'ai jamais su te dire mes pensées.
Si j'ai pu supporter la peine et le malheur,
C'est que je t'ai sentie vaillante à mes côtés ;
Les orages du temps et toutes les tempêtes
N'ont fait que nous parer de gloire et de beauté
Pour briller à jamais comme des jours de fête !
Je t'écrirai dans les nuages
des mots de flamme et de lumière,
Et sur le sable blond des plages
J'inscrirai notre vie entière ;
Et pour avoir donné le jour
A nos quatre enfants, sois bénie :
Qu'au ciel les anges, pour toujours,
Chantent ton nom au Paradis !
(Saint-Paul-lèz-Durance, le 7 janvier 2005)
Poème extrait du recueil "Alchimies", éd. La Société des Ecrivains - Paris
(Saint-Paul-lèz-Duran
ce, le 7
janvier 2005)
Poème extrait d'"Alchimies"
Et puis, pour ne pas rester sur une note trop sérieuse, voici un texte qui évoque ma rencontre avec Marie-France, qui devait
devenir mon épouse, et sa soeur jumelle Martine.
La légèreté du ton de ce texte, quoique très sage, lui a valu de figurer dans "La Marmite du Diable"... Ce n'est pas la tentation du Malin à laquelle je regrette le plus d'avoir cédé...
JUMELLES
Je vous ai rencontrées voici trente-quatre ans
Par un de ces hasards qui traînent en vacances
Lorsqu'elles ont aussi des saveurs de printemps :
Le hasard s'appelait Martine et Marie-France.
Vous aviez à mes yeux des charmes identiques
Et n'ai pas toujours su à qui j'avais affaire,
Au tout début, du moins, en ces années magiques
Où nous avions vingt ans, quand tout était à faire.
Vous étiez à la fois chastes et audacieuses
Et portiez en ce temps des jupes minuscules
Qui dévoilaient souvent des choses délicieuses
A travers des dessous de taille ridicule !
Je vous ai contemplées sous toutes les coutures
Et je me suis laissé porter par la fortune
D'un geste ou d'un regard jetés à l'aventure,
Entre deux frôlements dérobés à chacune...
Mais le vent du destin m'a poussé doucement
Vers les ports inconnus de notre inexpérience,
Ma main s'est égarée sur un rêve charmant,
Le rêve désormais s'appelait Marie-France...
(Peyrolles-en-Provence, le 2 mai 2006)
"La Marmite du Diable", poème inédit.
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